Finances publiques - Un comité partisan

Décevant, ce premier de trois «fascicules» promis par le comité consultatif récemment créé par le ministre Raymond Bachand pour faire la lumière sur les finances publiques. Non seulement a-t-on l'impression de relire le manifeste des lucides, dont certains membres étaient aussi les auteurs, mais avant même de connaître la suite à paraître, on devine toutes les conclusions. Si l'exercice avait pour but de chercher le consensus, on s'est trompé.

La récession est à peine terminée que déjà, le Québec doit se pencher sur les moyens les plus efficaces, mais aussi les plus équitables de reprendre le chemin de l'équilibre budgétaire. La dette de la province est très élevée et la capacité de payer des contribuables, limitée.

Cela dit, l'expérience des années 1990 nous a aussi appris que tous les moyens ne sont pas bons pour atteindre l'équilibre, qu'il y a toujours des groupes qui en sortent perdants pour avoir accepté naïvement de jouer le jeu, pendant que d'autres continuent de s'enrichir sous prétexte que la compétitivité interdit qu'on touche à leur train de vie.

Le comité n'a mis que quelques semaines à produire ce premier constat de l'état des lieux. On voudrait applaudir à autant de diligence de la part d'économistes occupés comme MM. Montmarquette, Gagné, Fortin et Godbout, tous en fin de trimestre dans leurs universités. Malheureusement, voilà un texte qu'on a lu cent fois, endossé, sinon rédigé par des gens qui appartiennent à la même école de pensée et qui proposent les mêmes solutions connues: augmentation des tarifs, réingénierie de l'État, davantage de place pour le privé, etc. Et comme si ce n'était pas suffisant, voilà que le ministre des Finances lui-même copréside ce comité qui se veut pourtant indépendant!

Le résultat: des passages que certains membres à l'esprit plus critique doivent se surprendre d'avoir laissé passer, tels ceux qui portent sur les baisses d'impôts nullement critiquées malgré l'état lamentable des finances du Québec.

Dans l'ensemble, le diagnostic est aussi le même qu'il y a quinze ans: le Québec est endetté parce qu'il offre plus de services dont il assume une plus grande part des coûts malgré un PIB moins élevé que l'Ontario. En conséquence, les intérêts sur la dette occupent aujourd'hui 60 % des revenus... de la TVQ. Quelle curieuse base de comparaison! On aurait aussi pu écrire que ces 6 milliards d'intérêts qui accaparent 10 % des recettes de l'État en grugeaient 17 % il y a dix ans. C'eût été plus significatif, mais tellement moins alarmant.

Très bientôt, le Québec se heurtera à des défis majeurs telle la diminution du nombre de travailleurs actifs. Il faut donc proposer des pistes originales à ce problème bien réel et convaincre la population que tout le monde sera traité de façon équitable. S'il faut se serrer la ceinture alors qu'on réduit les impôts des sociétés et qu'on épargne les plus riches sous prétexte de protéger la compétitivité du Québec, ça ne fonctionnera pas! Pas cette fois-ci!

Comme l'a avoué candidement le coprésident du comité, l'économiste Robert Gagné, en entrevue à Radio-Canada: «Les solutions sont connues depuis longtemps, il n'y a qu'à les appliquer!» Alors, pourquoi ce comité Bachand-Gagné sinon pour tenter de faire croire à un consensus là où il n'y en a pas?

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