Salaire minimum - Bonne nouvelle!

Quand un gouvernement tient une promesse électorale, et quand celle-ci est bonne, il faut le saluer. Il faisait donc plaisir hier d'entendre le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et du Travail, Sam Hamad, annoncer une augmentation de 50 cents du salaire minimum à compter du 1er mai prochain. Il confirmait ainsi l'engagement pris l'an dernier par Jean Charest, en pleine campagne électorale, d'augmenter le salaire minimum en deux temps pour qu'il atteigne 9,50 $ l'heure en 2010.

À l'époque comme aujourd'hui, on a entendu des voix soutenir que c'est là un objectif insupportable pour les petites entreprises ou, à l'inverse, que c'est un effort insuffisant pour sortir les travailleurs de la pauvreté. Arguments par ailleurs récurrents dès qu'une augmentation, quelle qu'elle soit, et que l'on traverse crise ou croissance, est annoncée.

Il faut au contraire saluer la cohérence du gouvernement Charest quant à son approche du salaire minimum. Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, il en a, sans coup férir, haussé le montant chaque 1er mai (il n'avait pas bougé entre 1998 et 2001), et il a rompu avec les timides 10 ou 15 cents d'augmentation de ses prédécesseurs pour établir la hausse annuelle à 50 cents depuis maintenant trois ans (la précédente hausse de 50 cents remontait à 1975!).

Sous le règne libéral, le salaire minimum aura donc augmenté d'un imposant 30 %, alors que l'indice des prix à la consommation grimpait de 13 % durant la même période. Et ce fut tout bénéfice puisque, de toute évidence, cet argent n'aura ni trouvé refuge dans des paradis fiscaux, ni servi à des placements douteux, mais bel et bien dépensé dans des commerces d'ici!

L'annonce d'hier fait par ailleurs contrepoids aux commentaires qui ont accueilli la baisse des dons enregistrée cette année par les banques alimentaires qui sont à préparer leurs paniers de Noël, particulièrement courus en cette période de crise. La preuve que la charité ne suffit pas, a-t-on dit avec justesse. De fait, offrir à tous des conditions de vie décentes appelle une réponse politique — ce qu'est l'augmentation du salaire minimum, ce que n'est pas le fait de verser aux banques alimentaires les enveloppes discrétionnaires des ministres!

Le salaire minimum n'est certes pas la seule réponse à la pauvreté. Mais il est un élément incontournable d'une approche structurante. L'augmenter régulièrement et à un taux plus important que l'inflation est crucial pour ceux qui le reçoivent, et pour tous les autres petits salaires qui se retrouvent ajustés dans la foulée.

À quoi bon cette hausse si le gouvernement doit annoncer sous peu des augmentations de tarifs en tout genre, critiquaient certains hier? Il faut au contraire qu'il continue à considérer le salaire minimum en soi, sans égard à nos chicanes autour de l'augmentation des tarifs d'électricité. Mieux payer le travailleur au bas de l'échelle relève d'un choix social légitime et important. Et qui n'a pas encore, en dépit de trente ans de critiques, mis l'entreprise québécoise en faillite.

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