Copenhague - Non au Canada!

Si le gouvernement de Stephen Harper avait cherché un moyen d'opposer une partie du pays à l'autre, il n'aurait pas trouvé mieux que cette position unilatérale et passéiste défendue par le Canada à Copenhague. Le premier ministre Charest a raison: la politique fédérale risque de coûter cher au Québec!

À moins d'un revirement encore possible, le Canada maintiendra jusqu'au bout sa politique de soutien inconditionnel des seuls intérêts de l'Ouest à la conférence de Copenhague. Alors que la plupart des provinces, dont l'Ontario et le Québec, ont adopté des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ambitieuses, Ottawa persiste à protéger l'exploitation des sables bitumineux même si le reste du pays en souffre. Pourtant, ne sont-ce pas ces deux provinces qui sont les mieux placées financièrement pour inciter l'industrie pétrolière à réduire ses émissions?

Des études ont montré qu'adhérer à des cibles contraignantes n'exigeait pas de cesser l'exploitation des sables bitumineux, mais de mettre en place des mécanismes d'échange de crédits et une fiscalité qui encouragent un virage technologique indispensable et urgent, de toute façon. Or, à moins d'y être forcées, les compagnies pétrolières ne feront rien parce que les investissements nécessaires n'amélioreront pas la rentabilité à court terme.

Même s'il n'y a pas d'entente à Copenhague, l'Europe et les États-Unis — dont on aurait tort de sous-estimer la capacité de s'attaquer au problème malgré leur opposition à des cibles très contraignantes — seront en mesure d'imposer des pénalités aux partenaires dont le refus d'agir sera perçu comme un avantage commercial déloyal.

Voilà d'ailleurs une des raisons qui ont amené le gouvernement du Québec à être actif au sein du sommet des leaders qui réunit, aujourd'hui à Copenhague, les représentants de 60 États fédérés. Cette année, le sommet est coprésidé par les premiers ministres du Québec et de l'Australie du Sud.

Pour ces États et ces provinces réunis en marge de la conférence de l'ONU, il faut que la contribution des entités fédérées soit reconnue dans les textes de l'accord final de l'ONU puisque ce sont elles qui auront à l'appliquer sur le terrain. À l'heure actuelle, à cause du choix de 2006 comme année de référence pour calculer la réduction de GES au Canada, le Québec ne parvient même pas à faire reconnaître chez lui les progrès réalisés par son industrie depuis 1990. Si jamais Ottawa s'entête à maintenir 2006 comme année de référence au lieu de 1990, comme la plupart des pays développés, cela équivaudra à effacer les émissions de GES causées par l'exploitation des sables de l'Alberta avec les gains réalisés dans les autres provinces, ce qui n'a aucun sens.

En adoptant une position aussi rigide, le gouvernement Harper nuit à la réputation du Canada sur la scène internationale comme aucun gouvernement avant lui. Si cette image de grands pollueurs ne dérange pas l'Alberta qui ne vend qu'un seul produit à un seul client, ce n'est pas le cas du Québec ou de l'Ontario. On ne peut donc qu'encourager le premier ministre Charest à continuer de se dissocier ouvertement de la position canadienne à Copenhague.

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