Finances - Un système à risque

Malgré les belles intentions manifestées par les grands de ce monde au sujet du système financier, très peu de mesures ont été prises à ce jour. En fin de semaine dernière encore, les ministres des Finances des pays du G20 réunis en Écosse ne se sont entendus sur rien d'autre qu'un communiqué réaffirmant leur engagement à stimuler l'économie. La proposition du premier ministre anglais, Gordon Brown, soit une taxe sur les transactions financières afin de limiter la spéculation, n'a même pas été discutée.

C'est vrai qu'une telle taxe ne réduirait pas la spéculation et qu'elle serait impossible à prélever à l'échelle de tous les pays, dont plusieurs refuseraient de l'appliquer de peur de faire fuir les investisseurs. Mais on aurait quand même pu étudier l'une ou l'autre des mesures qui sont sur la table, telle la création d'une assurance dont les primes calculées en fonction du niveau de risque de chaque banque serviraient à soutenir celles qui éprouvent des difficultés sans devoir recourir aux fonds publics. On y verra plus tard, dit-on, mais pendant ce temps, les banques continuent de se comporter comme si la crise n'avait jamais eu lieu.

Aux États-Unis, la saison des primes au rendement va commencer bientôt et l'on prévoit déjà une année record pour les dirigeants et les employés de tous les géants au pied d'argile. Malgré quelques modifications mineures aux règles d'attribution de ces primes, on voit bien que l'attrait pour le risque excessif est loin de s'être atténué. La machine est repartie comme si de rien n'était. Tout ce qui importe, c'est de récupérer le retard causé par la crise. Dans les circonstances, il ne serait même pas surprenant d'assister à une nouvelle plongée des cours, qui en placerait certains dans la même position de vulnérabilité que l'an dernier à la même date.

Au Canada, la situation est moins critique, mais ici aussi la course aux primes est repartie, stimulée par l'embellie des marchés. Au cours des prochains mois, toutes les banques canadiennes annonceront des rendements positifs dans un ordre de grandeur à peu près identique. Ce qui prouve que ce ne sont ni les dirigeants ni les gestionnaires de portefeuilles qui sont individuellement responsables, mais les marchés eux-mêmes. Pourtant, on a partout conservé la rémunération au rendement qui incite les gestionnaires à prendre des risques indus. Le plus ridicule, c'est que la grande majorité ne parvient même pas à battre les indices de référence.

Le gouvernement Harper refuse d'intervenir, tout comme il s'oppose à toute mesure qui serait destinée à réduire le risque spéculatif à l'échelle internationale. Heureusement que les règles et les contrôles qui ont placé le Canada à l'abri d'un effondrement de son système financier préexistaient à l'arrivée des conservateurs. Sans quoi, qui sait où nous en serions aujourd'hui?

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j-rsansfacon@ledevoir.com

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