Emploi - À quand la surprise?

Les dernières données sur l'emploi confirment un écart à l'avantage du Canada par rapport aux États-Unis qui devrait favoriser un retour à la normale plus rapide au nord. Mais attention: plus rapide ne veut pas dire immédiat puisque le parcours qui se dessine a toutes les apparences d'«une reprise sans emplois», à l'image des deux dernières récessions.

Aux États-Unis, le taux de chômage a percé un plafond psychologique en affichant 10,2 % en octobre. Au Canada, le taux est passé à 8,6 %, en hausse de 0,2 %, à cause d'une perte nette de 43 000 emplois. Cette perte a surtout affecté l'Alberta, l'Ontario et Terre-Neuve, trois provinces particulièrement touchées par la chute des exportations de produits pétroliers et industriels.

Dans les circonstances, on peut se réjouir de la performance du Québec, qui a vu son taux de chômage baisser à 8,5 %, sous la moyenne canadienne, et même sous le taux ontarien de 9,3 %. Depuis le sommet d'octobre 2008, le Québec n'a perdu que 1,6 % de ses emplois (- 62 100) alors que l'Ontario a reculé de 3,1 % (- 205 900) et le Canada dans son ensemble, de 2,3 %.

Cela dit, il serait trop optimiste de prédire que le taux de chômage continuera de descendre au Québec. La baisse observée en octobre s'explique d'abord par la diminution du nombre d'individus à la recherche d'un emploi, signe d'un certain découragement. Pour que le chômage diminue vraiment, il faudrait que les entreprises se remettent à embaucher... Or, avant d'en arriver là, la plupart voudront accroître leur productivité, c'est-à-dire produire plus avec le même nombre d'employés ou moins. À long terme, le processus est sain, mais ce passage obligé retarde le retour des consommateurs, dont la confiance dépend d'abord de la situation de l'emploi.

Toujours au Québec, les investissements massifs dans les infrastructures contribuent à stimuler l'économie, surtout dans la construction. Mais cette concentration des efforts dans un seul secteur présente aussi un risque. À cause des taux d'intérêt très bas et des investissements massifs, la construction a peu ralenti au Québec et les prix ont continué d'augmenter. Or cet échafaudage pourrait s'écrouler à la moindre hausse des taux attendue pour le printemps, entraînant le reste de l'économie.

En toute logique, Québec aurait dû mieux répartir les efforts de relance. Si on a ciblé les infrastructures, et elles seules, c'est que toutes les dépenses sont faites à partir d'emprunts à long terme qui n'affectent pas le déficit annuel. Les prochains mois diront si l'économie québécoise aura su maintenir et profiter de son avance, ou si la stratégie gouvernementale n'aura fait que masquer la crise et retarder une reprise qui pointe encore timidement chez nos voisins.

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