Réussite au collégial - La main tendue

La moitié des élèves du secondaire qui ont profité de l'accès facilité au collège ont quitté les bancs du cégep une session après y avoir mis les pieds. On a tendu une main rassurante aux potentiels décrocheurs pour ensuite les laisser platement tomber, négligeant un encadrement nécessaire.

C'était écrit dans le ciel: comme le révélait hier Le Devoir, plus de la moitié des étudiants admis au cégep en 2008 sans diplôme d'études secondaires (DES) ont échoué ou abandonné une session après leur entrée. Incapable de déployer des structures d'encadrement essentielles, Québec a donné la «chance au coureur» pour le laisser ensuite s'essouffler sans aide.

Le tour d'horizon du Devoir démontre que quelque 55 % de ces élèves sans diplôme admis au cégep sous réserve de compléter leur cours secondaire en même temps qu'une première session collégiale se sont découragés. Des données non officielles, diront certains, soupçonneux. Eh bien, il ne pouvait pas en être autrement! Plus d'un an après l'entrée en vigueur de ces nouvelles règles d'admission, aucun portrait autorisé n'existe encore. Il s'agit là, hélas, d'un «mauvais pli» dont le réseau de l'éducation n'arrive pas à se défaire: l'incapacité à veiller à la bonne mise en oeuvre de réformes pourtant défendues avec l'énergie du désespoir.

Bien sûr, les tenants de l'accessibilité élargie au collège pourront soupirer d'aise. En effet, cette entrée conditionnelle au cégep dévoile une forme de réussite, sous l'angle du verre rempli d'espoir et non de vide: 45 % de ces étudiants sous surveillance, à qui on a demandé de combiner la fin du secondaire et le début de l'expérience collégiale, ont réussi le pari. Autant de décrocheurs potentiels qui n'auraient peut-être jamais mis le nez au cégep.

Mais la victoire n'est pas grandiose. À côté de ces rescapés — pour combien de temps? —, il y a une majorité de perdants, qui se sentent doublement décrocheurs. L'expérience relatée par certains cégeps le démontre clairement: le fait de suivre en parallèle une formation au secondaire et au collégial a constitué un obstacle insurmontable pour plusieurs, incapables de fréquenter deux lieux, de combiner deux horaires, deux régimes d'études. Évidemment!

Dans un avis — favorable — à cette réforme, le Conseil supérieur de l'éducation avait pourtant insisté sur l'importance de bien doser la charge de travail de l'étudiant et de surveiller la question du lieu d'étude. À Alma, où commission scolaire et cégep sont dans le même bâtiment, cette admission conditionnelle a constitué un succès, plus qu'ailleurs. Le directeur d'études le souligne toutefois avec justesse: cette «opportunité en or» peut se transformer en «échec» si l'encadrement n'est pas au rendez-vous.

Ces réformes à courte vue, imaginées pour contrer le décrochage scolaire, ne sont pas colorées de la bienveillance qu'elles affichent en façade. Une fois lancés dans l'arène collégiale, les étudiants n'ont pas l'encadrement de luxe que leur condition précaire appelle. Les cégeps, qui composent déjà avec une clientèle en difficulté sans cesse croissante, n'ont pas les moyens suffisants pour chaperonner ces candidats de la dernière chance.

Tout cela sent, des lieues à la ronde, la maladie des statistiques. L'obsession de la quantité au détriment de la qualité. Les décrocheurs sont moins nombreux au secondaire, les admis au collège augmentent, alléluia! Derrière cette magie des nombres se trouve un double échec: celui de centaines d'élèves à qui on a fait miroiter une possible réussite; et celui d'un système obsédé par les cibles.

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