Registre des armes à feu - À sauver!

Résumer le débat sur le Registre des armes à feu par un clivage ville-campagne est trompeur. Ce qui est à l'oeuvre, c'est l'idéologie conservatrice qui prend les moyens pour gagner. Et à la guerre comme à la guerre, tous les coups sont permis.

Le gouvernement Harper a d'abord transformé sa volonté de démanteler le registre — qu'il a quasiment rendu inopérant dès son arrivée au pouvoir en 2006 et contre lequel il a tenté plusieurs approches parlementaires classiques —, en un projet de loi privé. De la pure hypocrisie!

Celui-ci a été moussé comme jamais ne le sont les projets privés: des circonscriptions de l'opposition ont ainsi été ciblées par une campagne de pub qui était en fait une campagne de peur. Harcelés par leurs électeurs, des députés ont été ébranlés. De plus, avant le vote, le gouvernement a sciemment retenu le rapport 2008 sur l'utilisation du registre par la GRC!

Mercredi, ce projet de loi dit «privé» était si important pour le gouvernement que même un député du Bloc québécois qui craignait d'être atteint de la A(H1N1) a été contraint de se rendre aux Communes pour voter, les conservateurs refusant, comme le veut pourtant la pratique, de retirer un de leurs députés pour compenser son éventuelle absence.

Le vote lui-même était piégé: selon la tradition parlementaire, la ligne de parti n'a pas cours au moment de se prononcer sur un projet de loi privé. Mais les conservateurs n'ont jamais eu l'intention de voter autrement qu'en bloc!

Devant ces «entourloupettes», pour reprendre l'expression du ministre québécois de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, il fallait que l'opposition réponde de la même façon. Le Bloc l'a compris et s'en est tenu à sa position traditionnelle, et immuable, d'appui au registre. Le NPD, qui n'a jamais caché ses profonds tiraillements à ce sujet, ne pouvait en faire autant. On peut en être déçu, mais il n'y avait pas là de surprise.

Par contre, les libéraux de Michael Ignatieff se sont avérés de piètres combattants. Tant sous l'intérim de Bill Graham qu'avec Stéphane Dion, on estimait que le registre, créé par le gouvernement de Jean Chrétien en 1995, méritait d'être préservé des assauts conservateurs: la discipline des troupes l'emportait. Depuis son arrivée à la tête du PLC, M. Ignatieff, lui, s'interroge et soupèse. Du bonbon pour le stratégique Stephen Harper, qui a profité de ces hésitations.

Heureusement, la bataille n'est pas finie: Québec saute pour de bon dans la mêlée afin de sauver le registre. Après les discussions entre Jean Charest et Stephen Harper lors de la fusillade de Dawson en 2006, après deux motions unanimes à l'Assemblée nationale, après l'envoi de lettres aux députés fédéraux, un autre pas sera franchi. Le ministre Dupuis ira à Ottawa, à la tête d'une délégation, pour faire voir l'appui massif du Québec au registre, régions rurales comprises.

C'est le geste à faire. Après tout, personne ne meurt d'enregistrer une arme. Stephen Harper doit bien le savoir, lui qui a déjà appuyé le registre...

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