Élection d'Obama - L'apaisement

Élu il y a un an, président depuis neuf mois seulement, Barack Obama affiche un bilan plus appréciable qu'on pourrait le croire de prime abord. En cette époque où l'instantanéité a été érigée en dieu des dieux alors qu'elle ampute la mémoire, on a oublié combien l'héritage laissé par Bush était lourd de conséquences. Certaines menaçantes, d'autres nébuleuses.

Lorsqu'Obama s'est installé dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, l'image des États-Unis à travers le monde se confondait avec déliquescence. Rappelons qu'avec la Russie et la Chine, les relations étaient tendues. Avec le monde arabe, elles étaient exécrables. Avec l'Europe, elles étaient empreintes d'un scepticisme appuyé. Avec le Japon, allié aussi fidèle qu'obéissant, une certaine aigreur s'installait. Avec l'Amérique du Sud, la méfiance se creusait. En clair, Bush, en se posant comme un fervent partisan de la présidence impériale et de tous les vices qui lui sont inhérents, s'était aliéné les trois quarts de la planète.

Depuis lors, un apaisement sur beaucoup de fronts a été observé. En abandonnant le bouclier antimissile de Bush, le dialogue avec le Kremlin est devenu plus serein. Idem avec la Chine, le Japon et surtout le monde arabe, quelque peu séduit par la volonté d'Obama d'ouvrir «une nouvelle ère» où «la méfiance et la discorde» feraient place au «respect». Quoi d'autre? Son ambition de voir un monde dénucléarisé s'est traduite immédiatement après son dévoilement, par l'amorce de pourparlers avec Moscou consacrés à la réduction du nombre de têtes nucléaires ainsi que par le coup d'envoi des préparatifs à l'organisation d'un sommet au printemps prochain.

En Irak, il a tenu sa promesse de retirer les troupes en 2010. À l'égard de l'Iran, sa politique «de la main tendue» a décrispé quelque peu les liens et favorisé du coup la reprise des discussions sur le nucléaire. L'Afghanistan? Il reste indécis. Il donne l'impression, la mauvaise impression, de vouloir tant ménager la chèvre et le chou que le risque d'un enlisement ressemblant à celui du Vietnam est plus élevé actuellement qu'il y a quelques mois. On peut également lui reprocher de ne pas être parvenu à faire entendre raison au gouvernement israélien pour tout ce qui a trait à la construction de colonies en territoire palestinien.

L'autre reproche, et non des moindres, concerne les affaires de l'argent. Après que la planète eut frôlé la catastrophe financière il y a un an tout juste, voilà qu'on apprend que le commerce des subprimes, que la vente de ces hypothèques exotiques vient d'atteindre un niveau analogue au sommet enregistré en 2006. On a appris également que les salaires et primes accordés en fin d'exercice annuel seront encore une fois stratosphériques.

S'il en est encore et toujours ainsi, c'est parce que le chef de l'exécutif, tout occupé à canaliser le maximum d'énergies sur sa réforme de la santé, a eu la naïveté de croire que deux bonnes engueulades avec les patrons des banques de Wall Street suffiraient à leur faire entendre raison. C'est tout le contraire qui s'est passé. À preuve, ces spéculateurs dénués de tout scrupule qui rachètent des polices d'assurance contractées par de vieilles personnes aujourd'hui malades pour mieux les revendre sur le modèle des subprimes. Sur ce flan, il faut espérer qu'Obama soit la main de fer sans le gant de velours.

Cela étant, la somme des faits accomplis, observables, quantifiables, surtout sur la scène internationale, contraste tellement avec les deux mandats de son prédécesseur que le monde aujourd'hui est tout de même plus apaisé. Après tout, l'inflexion multipolaire a remplacé le manichéisme le plus plat qui soit.

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