Nouveau Colisée de Québec - Un beau rêve

Maintenant que les élections sont passées, le bouillant maire Régis Labeaume qui surfe toujours sur le succès du 400e pourra se mettre à la tâche de vendre son projet de construire un nouvel amphithéâtre de sports et de variétés dans sa ville.

Jusqu'à ce jour, tous les défenseurs d'un tel projet acceptaient l'idée qu'un tel centre devait être largement financé par l'entreprise privée avec le soutien des gouvernements. M. Labeaume change la donne: pour lui, c'est aux gouvernements d'équiper Québec d'un centre sportif digne des grandes villes nordiques du monde. En choisissant d'attaquer au lieu de se défendre, M. Labeaume marque un but dès la mise au jeu, mais il place la barre tellement haute qu'il lui faudra donner plus que son 110 % pour avoir une chance de gagner la partie, si on nous permet l'analogie.

D'abord, il y a l'ampleur de l'investissement attendu des gouvernements, soit 175 millions de Québec et autant d'Ottawa, en plus des 50 millions promis par le maire Labeaume, qui s'est empressé de préciser que les contribuables ne paieraient pas un cent puisque l'argent proviendrait de compressions aux dépenses de sa Ville. Oups!

Avant qu'Ottawa accepte d'injecter une telle somme dans un aréna du Québec destiné à attirer une équipe de la Ligue nationale, toutes les poules de Winnipeg auront des dents! D'ailleurs, les journalistes de cette ville de l'Ouest, qui n'a eu droit qu'à 14 millions d'Ottawa pour son amphithéâtre et qui espère aussi le retour d'une équipe de la LNH, ont déjà commencé à tremper leurs plumes dans le vitriol.

Quant au gouvernement du Québec, il se dit ouvert à étudier un plan d'affaires présenté par le maire Labeaume. Mais pour le moment, on sent que le scepticisme l'emporte sur l'enthousiasme. Après tout, si la construction d'un nouvel amphithéâtre

est une condition essentielle à la venue d'une équipe, elle n'est pas suffisante. Des mauvaises langues avancent même que l'ouverture manifestée par le grand patron de la ligue, Gary Bettman, pourrait n'être qu'une tactique destinée à faire pression sur les villes américaines qui rechignent à aider leurs équipes en difficulté.

Tout le monde s'entend pour dire que sans un club de la LNH, le nouvel amphithéâtre serait largement déficitaire. Qui paierait la facture annuelle? Et même si l'enfant prodigue revenait, comment s'assurer de remplir les 18 000 sièges chaque soir en plus de vendre le nombre de loges nécessaire pour rentabiliser une équipe selon les critères de la LNH? La grande région de Québec ne compte que 725 000 personnes, contre 3,2 millions pour Montréal, une différence majeure.

Ces questions et bien d'autres devront trouver des réponses convaincantes dans ce plan d'affaires que le maire Labeaume présentera sous peu. À n'en pas douter, il faudra plus que du charisme pour faire pencher la balance du bon côté en l'absence d'investisseurs privés.

j-rsansfacon@ledevoir.com

À voir en vidéo