Les irresponsables

L'étude sur l'impact économique de la lutte contre les changements climatiques faite par l'Institut Pembina et la Fondation David Suzuki et commanditée par la Banque TD a beaucoup irrité le gouvernement Harper. On y lit, en gros, que réduire de 25 % l'émission de GES par rapport à 1990 ne nuirait pas à la croissance économique, même si celle de l'Alberta s'en trouverait ralentie (tout en demeurant la plus forte du pays).

Mais toucher à l'Ouest est inacceptable pour les conservateurs. Le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, a donc vilipendé cette étude «irresponsable», s'étonnant de la participation de la TD à un tel document. La banque serait même menacée d'un boycottage conservateur, selon le National Post.

Ottawa récolte pourtant ce qu'il a semé. Le gouvernement Harper a opté pour l'inaction la plus totale en matière de changements climatiques. Il se présentera les mains vides, à la remorque des Américains, à la Conférence de Copenhague en décembre, et il faudra encore des mois avant qu'il ne dispose d'un cadre réglementaire pour concrétiser sa supposée intention de réduire d'un maigre taux de 3 % les émissions de GES par rapport au niveau de 1990.

Or, il y a longtemps que les entreprises le poussent dans le dos pour qu'il agisse.

En février 2007, le Groupe interprovincial et industriel sur les réductions de GES (composé de très grandes entreprises, représentants financiers, émetteurs d'électricité et ministères provinciaux) réclamait, dans un rapport confidentiel remis au gouvernement, des cibles de réduction le plus vite possible, afin que le pays rattrape son retard et garde sa crédibilité sur la scène internationale.

En janvier 2008, un rapport commandé par le gouvernement Harper à la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie recommandait de faire payer les pollueurs... à l'encontre des desiderata conservateurs. Même le Conseil canadien des chefs d'entreprise avait applaudi.

En septembre 2008, les ex-premiers ministres Joe Clark, John Turner, Kim Campbell, Jean Chrétien et Paul Martin réclamaient une action immédiate pour contrer les changements climatiques. En février dernier, un rapport du Conference Board indiquait de son côté que les entreprises et les investisseurs s'inquiétaient de l'impact économique desdits changements.

Le gouvernement est toujours resté coi. La Banque TD, elle, a choisi de passer à l'action afin que l'on sorte de l'incertitude. Pour la première fois, on peut donc évaluer par province l'impact du scénario de réduction de GES soutenu par la communauté scientifique internationale et celui du scénario conservateur (qui nuirait aussi à l'Alberta!). C'était un pas à franchir.

L'implication du privé dans la gestion des affaires publiques a mauvaise presse ces jours-ci. Mais il faut la saluer quand elle vient combler l'irresponsabilité. Et actuellement, c'est bien à Ottawa qu'elle sévit.

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jboileau(a)ledevoir.ca

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