Prix Médicis 2009 - Nos éloges...

Dans l'univers foisonnant des prix littéraires, le Médicis jouit d'un titre à la fois séduisant et noble: c'est une distinction «pas comme les autres», légèrement en marge d'autres prix, parfois pompeux. Il sied à merveille à l'écrivain Dany Laferrière, cet original touchant de désinvolture, au récit tantôt grave, tantôt délicieusement humoristique. Chapeau bas.

À la manière Laferrière, cet honneur, qui lui a été décerné hier à Paris pour son roman L'Énigme du retour, tombe joliment. Assurément, une partie de la francophonie découvrira l'auteur grâce à la résonance du prix. Mais pour tant d'autres, abonnés aux confidences de l'homme mi-star mi-ingénu, il couronne une oeuvre composée de 19 titres.

Né à Port-au-Prince, exilé au Québec, Dany Laferrière est un éternel nomade. Un vent d'internationalisation rafraîchissant souffle d'ailleurs sur les prix littéraires. Le Médicis salue un talent et un style, mais aussi le récit touchant et lucide d'un retour à Port-au-Prince après le décès du paternel, exilé d'un pays sous dictature.

Invité un peu partout hier à livrer ses premières impressions, Dany Laferrière se confiait avec l'abandon et la franchise qui lui sont propres: ce prix singulier, à la fois moins clinquant mais plus prestigieux que d'autres, lui convient tout à fait. «J'ai déjà ma manière de faire qui est indépendante des grands boulevards. J'ai mon sentier personnel.»

La récompense est d'autant plus pertinente qu'elle se marie à un récit différent de ce que l'auteur avait écrit auparavant. «Un livre grave. Un livre de la maturité. Un livre-bilan», a écrit Danielle Laurin en nos pages. «Un roman magistral que l'on placera au côté du Cahier d'un retour au pays natal, d'Aimé Césaire, dont l'ombre plane sur toutes ces pages», soulignait hier Le Monde.

Quelle ironie! Apparemment allergique aux étiquettes identitaires, Dany Laferrière était célébré hier de Port-au-Prince à Montréal, suivant son parcours d'exilé qui revendique pourtant l'humble titre d'écrivain tout court. N'est-ce pas lui, après tout, qui a signé en guise de pied de nez Je suis un écrivain japonais? Au Québec, on bombait hier fièrement le torse pour ce deuxième Québécois Médicis, 43 ans après le triomphe de Marie-Claire Blais.

Dans un documentaire portant sur l'auteur — La Dérive douce d'un enfant de Petit-Goâve, qui sera présenté aux Rencontres internationales du documentaire à Montréal —, le réalisateur Pedro Ruiz a suivi Laferrière dans une dizaine de villes, illustrant le parcours de cet écrivain en voyage. «J'ai toujours bougé, même à l'intérieur d'Haïti», raconte-t-il, se reconnaissant, comme aux lecteurs qui le fréquentent, un seul port d'attache: la littérature. «Un écrivain, son pays c'est d'abord sa bibliothèque.»

machouinard@ledevoir.com

À voir en vidéo