Feux et attentats en Grèce - Crise de nerfs

Si l'Italie est l'homme malade de l'Europe, la Grèce, elle, est au bord de la crise de nerfs. Il y a de quoi. Qu'on y songe: au cours des derniers jours, un feu d'enfer a ceinturé Athènes. Il y a 48 heures, Lutte révolutionnaire, groupuscule de l'ultragauche, faisait exploser des bombes devant le temple du grand capital, la Bourse évidemment, et d'un édifice public à Salonique.

Auparavant, les citoyens de la première république de l'Histoire avaient appris que l'activité touristique, principale source de revenus avec le transport maritime, avait fortement chuté. Quoi d'autre? La production industrielle s'étant réduite comme une peau de chagrin, on s'attend logiquement à ce que cela plombe durablement les finances publiques d'un pays qui s'avère le plus endetté de l'Union européenne derrière l'Italie. Constatant tout cela, le premier ministre, Costas Karamanlis, a opté pour des élections anticipées. Quand? Le 4 octobre.

À eux seuls, les incendies résument ou symbolisent l'état de gabegie qui gangrène le pays des hauteurs de l'Acropole à celles de Delphes. Dans cette histoire, on ne doit pas oublier qu'en 2007 et 2008 des flammes avaient brûlé des centaines et des centaines d'hectares de forêts. Et alors? Les autorités concernées n'ont tiré aucun enseignement de ces ravages, ou plutôt ont cultivé l'ignorance et une certaine paresse pour le plus grand bénéfice et le bonheur de spéculateurs alliés à des promoteurs immobiliers. Car outre son taux d'endettement, la Grèce se distingue par un fort degré de corruption.

Toujours est-il qu'après les feux des deux dernières années, rien n'a été fait pour nettoyer les forêts. Et d'une. Et de deux, les pompiers restent sous-équipés. Et de trois, les ingénieurs en ces matières ont encore une fois sous-évalué la force des incendies. Et de quatre, aucune amélioration n'a été apportée pour effacer le déficit de communications entre pompiers et responsables locaux. Et de cinq, après 2007 le gouvernement n'a pas reformé la division aéroportée supprimée en 1998. On fait l'impasse sur les autres faits, qui tous dénotent une inclination consciente pour l'irresponsabilité, parfois aux conséquences meurtrières, pour mieux retenir celui-ci: il n'y a pas de plan cadastral. Et ça, ce biais, ce vice, enchante les constructeurs de résidences.

Si une loi protège la forêt du développement immobilier, cela n'empêche pas son exploitation une fois décimée par les flammes. Selon les calculs de la Fédération des architectes grecs, pas moins de 100 000 unités ont été édifiées sur des terres autrefois occupées par les arbres. Si tant de maisons ont vu le jour, c'est à cause de la corruption qui a cours de haut jusqu'en bas de la hiérarchie. Lorsqu'ils ne versent pas des espèces sonnantes dans les caisses des deux principaux partis, les malfrats refilent des enveloppes aux fonctionnaires. Bref, c'est pot-de-vin contre permis.

Cette déliquescence n'a évidemment pas échappé aux citoyens, dont les plus jeunes d'entre eux. En tout cas, elle a eu pour effet net de favoriser l'essor des extrêmes. De droite comme de gauche. Suffisamment pour craindre à terme un ébranlement plus profond du pays.