Assurance-emploi - Éviter le simplisme

La modernisation du régime d'assurance-emploi est à l'ordre du jour de tous les gouvernements. Tandis qu'à Ottawa libéraux et conservateurs poursuivent leurs discussions pour en élargir l'accès, les premiers ministres des provinces réunis pour leur conférence annuelle en Saskatchewan sont entrés à leur tour dans la danse. À retenir, cette suggestion d'accroître les budgets consacrés à la formation.

Il y a un an, le taux de chômage était de 6,1 %. Aujourd'hui, il est de 8,6 %, un effet direct de la crise économique. Au cours des 12 derniers mois, il s'est perdu 471 500 emplois, mais ces nouveaux chômeurs n'ont pas tous pu recevoir des prestations. Depuis la réforme du régime en 1996, il faut avoir accumulé entre 420 et 700 heures de travail, en fonction de la région où l'on habite, pour en toucher pendant un maximum de 50 semaines.

Le gouvernement Harper a bien consenti ces derniers mois à quelques assouplissements, mais pas suffisamment au goût des partis d'opposition. Les libéraux de Michael Ignatieff, qui mènent la charge, veulent ramener à 360 heures l'admissibilité à des prestations. Ils menacent de faire tomber le gouvernement, qui rejette l'idée en raison des coûts. Un comité mixte composé de parlementaires conservateurs et libéraux fera rapport en septembre.

Les provinces veulent aussi des assouplissements, mais divergent quant à leur nature. L'Ontario appuie la proposition des 360 heures, car dans cette province où le taux de chômage atteint les 9,3 %, il faut avoir travaillé 700 heures, sauf dans les régions éloignées. Les provinces de l'Ouest voudraient pour leur part ramener les 58 normes d'admissibilité actuelles à seulement trois: une pour les villes, une pour les régions rurales et une autre pour les régions éloignées. Le Québec est opposé à la norme unique. Faute de consensus, les premiers ministres s'entendaient jeudi pour réclamer simplement une plus grande équité du régime sans égard au lieu de résidence des chômeurs. Leur incapacité à s'entendre confirme qu'il n'existe pas de formule magique pour réformer ce régime, qui se doit de répondre aux réalités économiques de chacune des régions du pays.

La proposition des 360 heures est simple... au point d'être simpliste. Il faut en effet s'interroger sur la logique libérale. À ceux qui lui font valoir que sa mesure entraînera des coûts énormes, Michael Ignatieff réplique qu'elle ne restera en place que le temps que durera la récession. Or, selon la Banque du Canada, le pays serait déjà presque sorti de la récession! En réalité, le chômage ne disparaîtra pas avec la fin de la récession. Il faudra plusieurs années avant que le taux de chômage ne reviennent à 6,1 %, son niveau d'il y a 12 mois. La pression sera forte sur Ottawa pour prolonger cette mesure. Les coûts, estimés à 1,5 milliard annuellement, s'accumuleront. Ne serait-il pas plus utile alors d'investir dans la formation, comme l'a proposé le premier ministre Jean Charest, afin de réorienter les chômeurs vers de nouveaux emplois? Poser la question est un peu y répondre.

La récession a mis en lumière l'insécurité économique dans laquelle se retrouvent des milliers de familles. Si l'adaptation du régime d'assurance-emploi au nouveau contexte économique qui se dessine s'impose, il faut toutefois prendre le temps de bien la faire. Il y aurait lieu en fait d'aborder globalement toute cette question de l'insécurité économique des travailleurs et y inclure la dimension de la retraite. Les premiers ministres de l'Ouest ont lancé l'idée de créer un régime de retraite public facultatif pour les travailleurs dont l'entreprise n'a pas de régime enregistré de retraite. La proposition mérite réflexion et étude.

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