Cancer du sein - Ce qu'on ne sait pas

Le fiasco entourant les tests liés au traitement du cancer du sein s'aggrave. La situation s'envenime, dévoilant des pans dégradants du système de santé, pour lequel le contrôle de la qualité est apparemment aléatoire. À cause de cette déconvenue dont elles sont victimes, des femmes souffrent désormais d'angoisse.

Monsieur le ministre de la Santé, Yves Bolduc, certains adages ont tout faux. Par exemple, celui selon lequel ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal. Pour des milliers de femmes touchées par le cancer du sein, déjà rouées par l'épreuve de la maladie, ce dicton est une insulte à l'intelligence: ce qu'elles ne savent pas les ronge.

Elles ont d'abord vécu dans une forme d'incertitude bienheureuse, celle de ne pas savoir qu'en elles une maladie sournoise se frayait un chemin. Pendant tout le temps où, brisées par l'épreuve de la souffrance, elles s'affairaient à tout mettre en oeuvre pour se soigner, elles ont ensuite vécu une ignorance que personne ne pourra leur reprocher: celle de croire qu'elles étaient prises en charge par un système qui faisait de leur traitement une priorité.

Les révélations de mai dernier sur la fiabilité de certains tests de pathologie liés au traitement du cancer du sein ont ébranlé ces femmes, maintenant accablées du poids d'une nouvelle angoisse. Des révélations qui ont ému et inquiété la population en général. Qui ont chaviré votre ministère, aux prises avec une crise qui le dépasse, comme le montrent les nouvelles précisions apportées hier; loin de rassurer, elles laissent planer d'insupportables doutes.

Il y avait déjà 2100 de ces femmes pour lesquelles de nouvelles analyses seront effectuées sur les échantillons déjà en laboratoire. Vous avez précisé hier qu'elles seraient maintenant plus de 2700. Du même souffle, vous le dites: d'autres étapes et des analyses plus poussées pourraient augmenter ce nombre.

Autant d'imprécisions qui amplifient l'anxiété de ces femmes qui ne savent pas et qui veulent pourtant savoir! Vos moments de confusion et votre communication défaillante ont amplifié le doute de ces femmes; elles se croyaient riches d'une sérénité retrouvée, mais désormais, elles replongent dans un combat — même virtuel — contre la maladie.

Dès le moment où elles ont reçu leur maléfique diagnostic, ces femmes ont espéré être du bon côté des statistiques. À cette loterie de la vie, elles ont gagné. L'inefficacité apparente du système de validation des tests de pathologie les place à nouveau dans l'incertitude: tomberont-elles une fois de plus du côté de la chance, ou...

Ces femmes ont le droit de savoir bien plus que ce qu'elles savent maintenant. Au-delà des impératifs techniques qui forcent un certain délai avant que l'ensemble des tests ne soit repris, elles veulent savoir pourquoi une période aussi ciblée dans le temps — avril 2008 à juin 2009 — a été pointée par les experts pour la reprise des analyses. Six mois, un an avant, les analyses de laboratoire ne valaient guère mieux. Vous connaissez le terrible corollaire qui se dessine derrière cette interrogation: est-il trop tard pour nombre d'entre elles?

Elles veulent savoir aussi pourquoi — diable pourquoi?— le contrôle de qualité externe, impératif pour certains, optionnels pour d'autres, apparemment inexistant dans 24 laboratoires sur 42, est à géométrie variable au Québec alors que d'autres provinces et nations en ont fait une priorité de santé incontournable. Le CHUM, censé être l'hôpital du futur et l'un d'entre ceux recevant le plus important volume de patients, fait partie des établissements pour qui le contrôle de qualité n'était pas primordial? Des scandales similaires ont touché des populations, à Terre-Neuve par exemple: tout aurait dû alors être mis en oeuvre ici pour parer au pire.

Elles veulent savoir, mais se heurtent non seulement au flou des communications ministérielles, rapportées tant bien que mal par la voix des médias, mais aussi au silence de leur médecin traitant; il serait lui-même gardé dans l'ignorance ou impossible à joindre, ajoutant au suspense. Une ligne téléphonique ne suffit pas, comme le laissent entendre les témoignages de certaines, pour calmer leur immense crainte.

À ces femmes tourmentées se greffe une portion de la population, atteinte d'un cancer, traitée pour un cancer, guérie d'un cancer, qui doute maintenant du remède utilisé. Vous avez, hier, été incapable de garantir que ce scandaleux épisode n'allait pas se répéter, s'étendant à d'autres types de cancer pour lesquels les analyses en laboratoire sont déterminantes dans le choix d'un traitement. Cette population sait fort bien que la santé est un privilège; elle souhaiterait maintenant être certaine qu'elle est votre priorité.

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