Iran - L'occasion réformiste

Iran politique s'apprête-t-il à sortir de la grande noirceur qui lui a été imposée en 2004 par ses théocrates, après l'élection à la présidence du fondamentaliste Mahmoud Ahmadinejad et le musellement de la fronde réformiste? La campagne électorale, qui culmine aujourd'hui avec l'élection présidentielle, a donné lieu à un déchaînement de passions et d'impatience qu'on n'avait pas vu se manifester depuis plus de dix ans chez les Iraniens, en particulier parmi une jeunesse urbaine que certains croyaient être cryogénisée de résignation. Pourvu, donc, que le modéré Mir Hossein Moussavi, porté par sa «vague verte», soit élu, sinon aujourd'hui, alors au second tour du 19 juin prochain, et qu'Ahmadinejad se fasse montrer la porte.

De larges pans de la population iranienne en ont visiblement assez d'Ahmadinejad, de son rigorisme islamique au plan social, de son négationnisme, de sa politique étrangère en forme de cul-de-sac à l'égard des États-Unis. Ils en ont beaucoup contre son incompétence économique. Son populisme, qui dans les faits aura surtout profité aux nouveaux riches réunis autour des Gardiens de la révolution, a donné lieu à un catastrophique gaspillage de pétrodollars et à une montée en flèche du chômage et de l'inflation.

Non pas que les Iraniens entretiennent de grandes illusions au sujet de leur classe politique. La popularité qui enveloppe tout à coup M. Moussavi repose en bonne partie sur une réaction anti-Ahmadinejad, qui a passé les derniers jours de la campagne à sombrer, à l'égard de ses rivaux, dans l'extrémisme verbal qu'il réserve d'habitude à Israël et à l'Occident. Si, toutefois, la jeunesse iranienne jette par défaut son dévolu sur Moussavi, ses effusions montrent bien que ses espoirs de déverrouillage social et politique ne sont pas moins grands qu'ils ne l'étaient en 1997 quand le réformiste Mohammed Khatami a été élu.

Aussi, le régime demeure-t-il prisonnier de ses contradictions — la démocratie iranienne porte une camisole de force. Le système est contrôlé par l'élite religieuse qui tient les principaux leviers du pouvoir et cadenasse par veto les décisions des élus. Aux législatives de mars 2008, on avait pris soin d'invalider préalablement plus de 2000 candidatures, principalement réformatrices, afin de s'assurer que le Parlement soit uniformément conservateur. Du reste, M. Moussavi, fils fidèle de la révolution, premier ministre pendant la guerre Iran-Irak des années 1980, serait un président dont saurait sans doute s'accommoder le Guide suprême, Ali Khameini, qui semble croire, comme lui, à la pertinence d'une détente avec l'Occident. Le risque est, dans ces conditions, qu'une victoire de M. Moussavi serait, à brève échéance, plus utile à l'ouverture d'un dialogue avec les États-Unis, ce qui a son importance, qu'à la libéralisation sociale et politique que réclament tant d'Iraniens.

gtaillefer@ledevoir.com

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