Colombie - L'éden d'Uribe

S'il faut en croire Alvaro Uribe, qui prononçait hier une allocution dans le cadre de la 15e Conférence de Montréal, la démocratie a fait des pas de géant en Colombie depuis son arrivée à la présidence en 2002. L'État de droit s'épanouit, la justice y est totalement indépendante, les organisations paramilitaires sont en voie d'extinction, la lutte contre le narcotrafic et le «terrorisme» progresse de façon significative et les assassinats de syndicalistes sont en chute libre grâce, en particulier, a-t-il prétendu, aux efforts que déploie son gouvernement pour assurer la protection des défenseurs des droits humains. À l'en croire, la Colombie est en train d'enterrer définitivement la guerre civile et, concurremment, l'injustice sociale. Avis, donc, aux investisseurs.

M. Uribe était à Montréal, puis à Ottawa, pour faire mousser ses convictions libre-échangistes en général et promouvoir, en particulier, l'accord commercial signé l'année dernière avec le gouvernement Harper, mais que le Parlement fédéral hésite toujours, ce qui est heureux, à ratifier. Le libre-échange, a martelé M. Uribe, est une garantie de développement non seulement économique, mais aussi social. Il n'y avait pas, hier, tribune plus sûre et plus réceptive pour le proclamer que cette conférence internationale de Montréal, happening élitaire du monde économico-politique.

M. Uribe, qui est un chef d'État à contre-courant de la vague de gauche qui déferle sur l'Amérique latine, aurait cependant été plus crédible si son discours n'était pas en contradiction totale avec le lourd dossier constitué par les ONG, année après année, sur la persistance des atteintes aux droits humains en Colombie. Vrai que sa politique de «sécurité démocratique» a ramené le calme dans les villes, ce dont les Colombiens lui sont, on les comprend, très reconnaissants. Le nombre de kidnappings a chuté à Bogotá, qui était la capitale internationale du rapt. La conjoncture se trouve d'autre part à accréditer la manière forte appliquée par la présidence face à la vieille guérilla des FARC, qui s'est significativement affaiblie au cours des deux ou trois dernières années.

Il reste qu'il y a toujours 3 millions de déplacés en Colombie et que, contrairement à ce que répétait hier le président, les assassinats de syndicalistes ont augmenté (49 en 2008, dix de plus que l'année précédente), selon le rapport annuel de la Confédération syndicale internationale, publié hier. Tout indique ensuite que, loin d'avoir été affaiblis par le processus de démobilisation lancé en 2003, les paras ont augmenté leur influence politique au sein de l'actuel gouvernement colombien.

Le drame pour les Canadiens est que M. Uribe dispose en Stephen Harper d'un allié inconditionnel. Il est l'un des rares, dans les circonstances, à ne pas vouloir admettre que le paradis auquel tente de faire croire le président colombien est largement artificiel.

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gtaillefer@ledevoir.com

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