Liban - Espoir de dialogue

Le test des urnes passé avec succès au Liban, le défi pour l'Alliance du 14-Mars dirigée par Saad Hariri, forte d'une majorité renforcée, est maintenant de former un gouvernement viable. Or, pour remarquablement calmes qu'elles aient été, ces législatives ne modifient pas l'équilibre des forces. Toutes les crises sont encore possibles. Les éviter demande que ces forces, au Liban comme dans la région, en finissent avec la logique de diabolisation réciproque.

Victoire, donc, dans ce Liban en crise permanente des forces «antisyriennes» de la coalition du 14-Mars, réunissant des partis sunnite, druze et chrétien sous la gouverne de Saad Hariri, cet homme politique sunnite qui doit son extraordinaire ascendant à son père Rafic, assassiné en février 2005. L'Occident, avec l'Arabie saoudite, ont poussé un soupir de soulagement: ne se sont pas confirmées les analyses qui envisageaient que le Hezbollah, tête chiite d'une coalition, celle du 8-Mars, elle aussi formée de chrétiens et de druzes, arrache la majorité... Il n'y a guère plus complexe que le système électoral confessionnel libanais, d'autant que le pays est à la fois microcosme et victime des dynamiques et des tensions régionales et internationales.

Le Hezbollah, qu'appuient la Syrie et l'Iran, est armé jusqu'aux dents, mais il n'est pas non plus l'organisation exclusivement terroriste à laquelle Israël et les États-Unis ont voulu faire croire. Il n'empêche que M. Hariri aura obtenu la majorité au Parlement en menant une campagne de peur fondée sur le spectre d'une victoire du Hezbollah. Votant en nombre record, les Libanais, qui viennent de traverser deux années de paix fort relative ponctuées par les pires violences depuis la guerre civile, ont apparemment parié que la reconduction d'un Parlement très semblable au précédent fera en sorte que ce calme précaire pourra se prolonger. Aussi populaire que soit Saad Hariri, il se trouve au demeurant qu'un nouveau découpage électoral aura fait pencher la balance en faveur de son alliance en donnant, à la clé, un poids décisif aux circonscriptions à forte dominance chrétienne.

Le Hezbollah, qui aurait pu jouer les mauvais perdants, a admis sa défaite, ce qui est bon signe pour la démocratie libanaise. Reste que le problème de son désarmement demeure entier: nos armes, a déclaré lundi son chef Hassan Nasrallah, auréolé de ses succès contre Israël à l'issue de la guerre de 2006, «n'ont pas vocation à imposer une équation politique, mais seulement à résister à l'ennemi sioniste». Qui le croit? Aussi, le 14-Mars dispose-t-il d'une majorité pour ainsi dire fictive. La polarisation est telle parmi les Libanais que la formation d'un autre gouvernement d'union nationale paraît incontournable. La question, dans l'immédiat, sera de voir dans quelle mesure le Hezbollah s'accrochera au droit de veto qui lui avait été accordé au prix d'une interminable crise politique dans le gouvernement sortant.

Le petit Liban étant le terrain d'enjeux géopolitiques qui le débordent, et la stratégie de l'endiguement et de la diabolisation mutuelle faisant partout dans la région la preuve de son échec, l'occasion est belle de cultiver des pistes de dialogue. C'est ainsi que Washington a cessé, sous Barack Obama, de faire pression sur ses alliés au sein du gouvernement libanais afin qu'ils désarment unilatéralement le Hezbollah. Une autre piste pourrait s'ouvrir si les Iraniens, qui élisent un nouveau président après-demain, échangent le nuisible Mahmoud Ahmadinejad contre le plus modéré Mir Hossein Moussavi.

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gtaillefer@ledevoir.com

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