Lisa Raitt - Quelle légèreté!

Décidément, la ministre fédérale des Ressources naturelles, Mme Lisa Raitt, n'en finit plus de faire parler d'elle en mal. Après l'oubli de documents confidentiels concernant le réacteur nucléaire de Chalk River dans une station de télévision d'Ottawa, oubli qui a entraîné la démission de son attachée de presse Jasmine McDonnell, voilà qu'un journaliste rend public le contenu d'un enregistrement privé abandonné par la même attachée dans une salle de toilettes du Parlement il y a quelques mois déjà, et qui n'a jamais été récupéré malgré les appels du journaliste.

Règle générale, le magnétophone numérique que trimbalent les attachés de presse ne contient que la reproduction des points de presse et autres interventions officielles des ministres. Ils servent d'abord à confirmer ou à infirmer les propos du politicien rapportés par les médias. Une sorte de police d'assurance, en somme.

Dans ce cas-ci, le petit appareil contenait aussi plusieurs minutes de conversation privée entre la ministre et son attachée de presse, sans doute captées par erreur.

En parlant du dossier des isotopes médicaux qu'elle estime mal géré par sa collègue de la Santé, Leona Aglukkaq, la ministre Lisa Raitt lance à l'intention de son attachée de presse: «You know what? It's good, because when we win on this, we get all the credit. It is an easy one. You know what solves this problem? Money. It's not a moral issue.» Puis, au sujet de sa collègue Aglukkaq, elle dit: «I think her staff is trying to shield her from it. [...] I really hope she never gets anything hot. [...] This issue is hard enough to control. But it's sexy. Radioactive leaks, cancer. But it's only about money.»

En elle-même, l'affaire est banale. Une ministre qui exprime une opinion — même grossière — en privé, voilà qui est courant et même normal. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est d'abord la double gaffe commise par cette attachée de presse qui enregistre une conversation privée avec sa patronne et qui oublie l'appareil dans une salle de toilettes — quelle tête de linotte! Ce qui n'est pas sain non plus, c'est qu'un premier ministre tente de diminuer la portée des paroles de sa ministre une fois que celles-ci ont été rendues publiques. Car le contenu de ces propos est l'expression crue d'un cynisme redoutable envers une collègue en difficulté, et surtout des victimes du cancer dans un contexte de crise provoquée par l'arrêt de la centrale de Chalk River.

M. Harper devrait donc faire preuve de courage et retirer le délicat dossier du nucléaire des mains de Mme Raitt pour le confier à une personnalité au jugement plus sûr.

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j-rsansfacon@ledevoir.ca

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