Persévérance scolaire - L'école full poche

À palabrer inlassablement sur les taux de décrochage scolaire, le risque était grand de perdre de vue l'essentiel, noyé dans une mare de chiffres. Une étude nous le rappelle: et les jeunes, que pensent-ils de l'école?

Voilà le rappel à l'ordre sous-entendu dans l'enquête Être jeune aujourd'hui: habitudes de vie et aspirations des jeunes des régions de la Capitale-Nationale, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et des Laurentides, dont le contenu était exposé hier dans Le Devoir. Pour comprendre cet embarrassant taux national de décrochage (31 % de «sans-diplôme»), mieux vaudrait peut-être ausculter le «jeune» plutôt que de se lancer tête perdue dans des plans d'action sans racines.

Il n'y a, dans cette étude menée par questionnaire auprès de quelque 4000 jeunes du secondaire, aucune révélation assez stupéfiante pour que l'on imagine avoir erré pendant des années. Rien de tel, non. Mais certaines pistes, notamment sur la perception négative qu'ont des jeunes de l'école, méritent d'être scrutées. Un trop important groupe de jeunes le disent: avant même d'avoir tourné les pages du cahier, ils ont l'impression que l'on craint pour eux l'échec. De quoi fabriquer tout un climat!

Dans la région des Laurentides, celle où la réussite est la plus faible, les élèves démarrent avec une impression négative. L'école semble full poche, si l'on décode ce qu'ils en disent: 55 % à peine affirment que les enseignants croient en eux; 40 % seulement sont d'avis que leurs profs les encouragent à continuer leur travail; et moins du tiers affirment que les maîtres leur posent des questions pour vérifier leur compréhension de la matière. Nul besoin de sombrer dans la pédagogie infantilisante pour comprendre qu'un minimum d'encouragement incite à fournir des efforts.

Toujours dans les Laurentides, l'engagement scolaire des jeunes vacille: ils sont plus souvent absents sans raison, leur intérêt pour les travaux est moindre, ils participent moins activement aux cours, n'ont pas de facilité à communiquer avec les professeurs. On perçoit une telle lassitude!

Tous ceux qui avaient imaginé en outre que l'échec scolaire était affaire de drogue ou de malsaines habitudes de vie se voient embêtés: à ce chapitre, dit l'enquête, tout va plutôt bien, merci. La jeunesse n'est pas en perdition, quoi qu'en disent les faiseurs d'image.

Il faut espérer que la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, qui doit dévoiler bientôt un plan d'action pour contrer le taux de décrochage, a songé avec ses officiers à attaquer cette délicate question de perception de l'école, qui ne se réglera pas par une campagne de promotion. Elle pointe directement les premiers acteurs de l'école et remet en question leur capacité de transformer l'école full poche en école full cool.

machouinard@ledevoir.com

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