L'OEA et Cuba - Bien joué!

L'Organisation des États américains (OEA), réunie en sommet à San Pedro Sula, au Honduras, a abrogé mercredi dernier la résolution anachronique qui, depuis 1962, tenait à l'écart de ses rangs La Havane — résolution dont elle s'est par ailleurs toujours très bien accommodée. Signe de l'esprit d'indépendance dont sait de plus en plus faire preuve l'ensemble des pays d'Amérique latine face à Washington. Le débat a donné lieu à un probant bras de fer: l'OEA a finalement décidé de rouvrir la porte à Cuba sans poser de conditions préalables, contre l'avis des États-Unis qui exigeaient que le gouvernement cubain ne soit pas autorisé à réintégrer l'organisation avant d'avoir fait des progrès substantiels en matière de gouvernance démocratique et de respect des droits de la personne.

L'événement est important, encore qu'il tienne davantage du symbole que de la percée diplomatique. Cuba, qui a répété n'avoir aucune intention de réintégrer l'OEA, savoure évidemment que l'Amérique latine, poussée par ses plus radicaux, ait tenu tête à Washington, mais n'en continue pas moins, non sans raison, de considérer l'organisation comme le «ministère des Colonies» des États-Unis. Cela, il est vrai, est peut-être en train de changer. L'OEA, qui se cherche un sens depuis la fin de la guerre froide, a été créée en 1948 autour de la lutte contre le communisme dans les Amériques. C'est un instrument grâce auquel Washington a fait de l'Amérique latine sa chasse gardée, son arrière-cour, son Europe de l'Est. Les États-Unis traînent dans leurs rapports à l'OEA un lourd passé d'hypocrisie, dont les coups d'État contre le Guatémaltèque Jacobo Arbenz, en 1954, et le Chilien Salvador Allende, en 1973, sont les exemples connus.

Le geste d'indocilité est, vu le contexte, fort parlant. L'administration Obama aura eu, de son côté, la sagesse d'encaisser la fronde et de se rallier au consensus. À l'Amérique latine, Barack Obama a promis un «nouveau départ» lors du Sommet des Amériques, en avril dernier, comme il vient d'en promettre un au monde musulman, lors de sa visite au Caire. Le président nicaraguayen, increvable Daniel Ortega, qui n'a aucune raison d'être amical à l'égard des États-Unis, a reconnu dans la décision américaine un «geste positif».

Ç'aurait été, pour Washington, une erreur de s'entêter. D'abord parce que le débat à l'OEA s'inscrivait dans la puissante vague de fond qui déferle sur l'ensemble de l'Amérique latine afin que soit enfin levé le vieil embargo américain contre Cuba. Ensuite, parce qu'à s'obstiner, les États-Unis auraient apporté de l'eau au moulin du contre-projet d'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), soutenu au premier chef par le Venezuela et la Bolivie. L'abrogation de l'exclusion cubaine fait en sorte que l'OEA conserve une certaine pertinence et que la promesse de M. Obama ne perd pas la sienne.

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gtaillefer@ledevoir.com

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