Le Japon embrasse Tokyo

Le Japon est désormais prêt à signer le protocole de Kyoto. Ce développement constitue une excellente nouvelle puisqu'il redonne un nouveau souffle de vie au traité, dont l'avenir est encore loin d'être assuré. La décision nippone prend également l'allure d'une déclaration d'indépendance face aux États-Unis qui, cette semaine encore, réitéraient leur opposition sans nuance au protocole sur la réduction des gaz à effet de serre (GES). Pourtant, la veille, l'importante Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) avait reconnu, pour la première fois, les effets néfastes du réchauffement climatique sur l'environnement. L'EPA a aussi reconnu que ce réchauffement est largement dû à l'action humaine, notamment la combustion d'énergies fossiles.

À l'opposé, le Japon fait montre d'un certain courage en tirant les conséquences de ses analyses. Ce faisant, il sert également une bonne leçon au gouvernement canadien, qui tergiverse depuis de longs mois dans ce dossier. Le Canada se plaît notamment à invoquer la nécessité de rester concurrentiel avec son principal partenaire. En réalité, il n'ose pas contrarier l'Alberta, qui craint les mesures de réduction des GES et tente de gagner du temps en proposant de reporter à 2020 l'échéance de la phase initiale du programme, que le traité fixe en 2012. La province de Ralph Klein tire ses revenus de la production pétrolière et n'a aucune intention de se soumettre aux réductions préconisées dans le traité de Kyoto.


Le Japon, soulignons-le, n'a pas de pétrole. Mais le pays émerge d'une récession qui s'est échelonnée sur dix ans et dont il aurait pu prendre prétexte pour freiner son adhésion au traité. L'industrie japonaise, notamment les constructeurs automobiles, avaient d'ailleurs exprimé leur opposition. Mais l'industrie devra se soumettre et prendre l'habitude de construire des voitures moins énergivores.


Il faut souhaiter que la récente décision du Japon amène le Canada à bouger. Faut-il rappeler que ces deux pays faisaient partie du groupe parapluie qui avait posé certaines conditions à l'adoption du traité et ainsi retardé sa ratification?


Après l'Union européenne, l'entrée du Japon dans le groupe du oui accentue la pression sur Ottawa. Il faut s'en réjouir, en espérant que ce nouveau contexte amènera le premier ministre Jean Chrétien à manifester plus de fermeté envers l'Alberta. Car il ne sert à rien de se le cacher: non seulement dans les pourparlers entourant le protocole de Kyoto mais dans un certain nombre d'autres dossiers environnementaux, le Canada a sérieusement entaché la réputation «propre» qu'il s'était tissée au fil des ans. Il est temps qu'il se ressaisisse.