Armes nucléaires - Chantage nord-coréen

Le président Barack Obama, après avoir en avril rencontré son homologue russe Dmitri Medvedev, évoquait un «monde sans arme nucléaire» et estimait que sa réalisation était éminemment concevable. Vue de l'esprit? La réalité est pourtant que le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), en vigueur depuis 1970, aurait d'urgence besoin d'être actualisé dans un contexte où les neuf pays qui possèdent la bombe atomique ou qui ont les moyens de la produire continuent de moderniser leurs arsenaux.

Difficile, ensuite, de ne pas conclure à une certaine dose de fabulation de la part de M. Obama à la lumière de l'essai nucléaire, le deuxième en moins de trois ans, que vient de mener la Corée du Nord, le plus imprévisible de tous les détenteurs de l'arme atomique. À moins d'être prêts à provoquer une escalade du conflit, il se trouve qu'en sus des sanctions déjà imposées, l'ONU et les États-Unis disposent de moyens limités pour freiner les ambitions de Pyongyang.

L'essai nucléaire sous-terrain, dont la puissance serait équivalente à celle des bombes nucléaires qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki en 1945, est le plus récent et le plus bruyant d'une série de provocations faites par le régime de Pyongyang depuis sa décision de renier, fin 2008, l'accord de dénucléarisation négocié sous l'administration Bush en collaboration avec la Russie, la Corée du Sud, le Japon, et au premier chef, la Chine. L'accord, conclu au prix de spectaculaires efforts diplomatiques, avait mené à la fermeture du principal réacteur nucléaire nord-coréen. Le régime a tout récemment annoncé l'avoir remis en marche...

Impénétrables, les voies de la dictature pathologiquement refermée sur elle-même de Kim Jong-il confondent experts et diplomates. Il y a lieu de penser que le «Cher Dirigeant» croit de façon très irréaliste pouvoir, par chantage atomique, arracher tout à la fois à Washington l'établissement de relations diplomatiques et la reconnaissance de son statut de puissance nucléaire. Il y a également lieu de croire que ce chantage tient à de labyrinthiques ressorts internes liés à la lutte à la succession de Kim Jong-il, un homme dont la santé est à l'évidence très chancelante. L'odieux de la situation étant évidemment que ce psychodrame géopolitique se déploie sur le dos de la majorité des Nord-Coréens, prisonniers de la terreur et de la misère imposées par la dictature.

Reste la carte chinoise. Pékin, dont la complaisance envers Pyongyang est à peu près totale, a fort mal réagi à la nouvelle bravade; ce qui n'est pas dans ses habitudes. Principal fournisseur de carburants, d'aide alimentaire et d'investissements à la Corée du Nord, la Chine dispose de leviers qui sauraient faire plier son voisin. Elle ne les a jamais fait jouer, de peur notamment que cela ne pousse une marée de réfugiés nord-coréens à traverser la frontière. La réaction chinoise invite donc la question: Pyongyang serait-il, cette fois-ci, allé trop loin?

gtaillefer@ledevoir.com
5 commentaires
  • Serge Charbonneau - Inscrit 27 mai 2009 07 h 25

    Donner l'exemple au lieu d'exclure

    L'exclusion...
    Vers où mène généralement l'exclusion?
    Vers le conflit.

    À force d'exclure certains pays et de dicter leur marche à suivre, on attise la hargne et le conflit.

    À force de dépenser des millions à la minute pour l'armement, à force d'avoir un budget militaire de près de mille milliards annuellement, on menace directement plusieurs pays.
    Si vous êtes considérés comme un pays de l'axe du mal, il est tout à fait normal qu'on prépare une défense militaire adéquate. L'axe du bien peut décider à tout moment de vous envahir. Ce fut le cas pour l'Afghanistan et ensuite pour l'Irak.

    L'armée impérialiste des États-Unis peut décider unilatéralement de vous attaquer.
    Vous déployez alors toutes les armes possibles et bien sûr, surtout celles de dissuasion.
    Il faut aussi montrer notre force de défense.

    Un budget de défense ou un budget d'attaque?

    L'armée US a beau parler de défense, elle attaque et envahit.
    Sondit «bouclier antimissile » n'est rien d'autre que des bases de missiles réparties partout sur la planète. Une menace réelle pour tous ceux qui ne sont pas conformes à la morale US.

    De notre point de vue occidental, un point de vue bien efficacement aiguillé, l'indécent budget militaire US est louable et sert la Paix (sic), tandis que la moindre dépense pour la défense des pays menacés est considérée comme une bravade.

    Il serait bon d'énumérer les sanctions imposées à la Corée du Nord.
    Bien les décrire et faire leur historique.
    Aussi, bien faire comprendre leurs conséquences souvent désastreuses sur le pays et plus spécialement directement sur les populations.
    L'axe du bien fait souffrir délibérément les populations des pays de l'axe du mal.
    Les Nord-Coréens souffrent des sanctions, comme les hôpitaux de Saddam en souffraient comme le Zimbabwe a vu mourir 4000 de ses citoyens.

    En expliquant mieux les châtiments de l'occident, nous comprendrions peut-être mieux, la fermeture de ces exclus ainsi que leur attitude belligérante.

    On fabrique des ennemis et on joue la surprise et les vierges offensées.

    Qui donc va trop loin?
    Les sanctions ou les réactions?




    Serge Charbonneau
    Québec

  • Eric Allard - Inscrit 27 mai 2009 09 h 01

    Les traités de l'hypocrisie!!!

    Comment les États-Uniens peuvent-ils faire la leçon aux autres sur les traités de non-prolifération, alors que leur allié (Israël) s'est lui-même doté de l'arme nucléaire avec leur aide en défiant un tel traité?

    Deux poids deux mesures, c'est ce que ces traités sont en réalité. Une façon de plus de contrôler les autres pays et les maintenir sous la botte de l'occident.

    Eric Allard

  • Guillaume Baillargeon - Inscrit 27 mai 2009 11 h 05

    Comprendre la situation en Corée du Nord

    Lorsque cela est possible, j'aimerais qu'on écrive sur la dynamique interne des pays qu'on nous présente dans vos articles.

    Il était intéressant de lire que cette recherche de l'arme nucléaire s'inscrit dans une course pour savoir qui dirigera la Corée du Nord après la mort de l'actuel dirigeant. Chaque pays possède une dynamique interne et il est faux de croire que leurs actions ne sont dictées que par la politique américaine.

    La Corée du Nord est une dictature. Probablement que les richesses sont confinées entre les mains d'une minorité qui exploite sans vergogne l'immense majorité. Probablement que le premier souci de cette classe dirigeante est de perpétuer son pouvoir et de garder le pays sous sa botte.

    Peut-être que la Corée du Nord s'arme pour faire face à la menace américaine, russe ou chinoise. Mais je crois surtout que la Corée du Nord s'arme pour maintenir le pays sous sa botte. Un peu comme les milliers de tanks dans les pays du Pacte de Varsovie servant autant à prévenir une attaque de l'Otan qu'à maintenir ces pays dans le giron de Moscou.

    Votre anti-américanisme vous aveugle parfois monsieur Charbonneau. Votre commentaire défend la Corée du Nord. Aucun mot sur la situation de ce pays. Ce pays est une dictature stalinienne, l'oubliez-vous?

  • Serge Charbonneau - Inscrit 27 mai 2009 17 h 14

    L'américanisme primaire!

    L'anti-américanisme primaire!

    Existe-t-il aussi de l'américanisme primaire?

    Qu'est-ce donc que mon anti-américanisme primaire?
    Est-ce le fait de souligner que la défense (sic) US a un budget de plus de 750 milliards annuellement?
    C'est-à-dire, près de 2 milliards quotidiennement, ce qui veut dire 2000 millions par jour c'est-à-dire près de 80 millions à chaque heure, et ce, 24 heures par jour.
    Plus de 1 million à la minute... ce n'est pas rien, ce n'est tout de même pas négligeable.

    On peut comprendre que certains puissent se sentir "menacés"!

    Les ÉU possèdent la meilleure technologie militaire de la planète.
    Les ÉU possèdent un grand nombre de bases militaires sophistiquées réparties non pas à l'intérieur de ses frontières, mais à l'échelle de la planète, comme celles en Corée du Sud et au Japon.
    Le Comité de Surveillance de l'OTAN, l'International Network for the Abolition of Foreign Military Bases,etc. révèlent que les Étatsuniens possèdent ou occupent entre 700 et 800 bases militaires dans le monde.
    C'est un fait et ce n'est pas rien.


    Les ÉU ont décidé unilatéralement d'attaquer des pays.
    Ils ont envahi l'Afghanistan (coalition diront certains) et l'Irak.
    Ils ont tué des centaines de milliers d'innocents.
    Ils ont détruit complètement deux pays.

    De dénoncer ces faits fait de moi un antiaméricaniste primaire!
    Tout comme dénoncer les massacres à Gaza peut faire de moi un antisémite primaire.

    Il est étrange de constater comment dans notre pensée occidentale, les méchants peuvent être d'une pure méchanceté. La déshumanisation de l'ennemi est une technique élémentaire, je dirais "primaire" pour faire haïr.

    On hait Castro, on hait Chávez, on hait Mugabe, on haïra Zuma, on hait Kadhafi, bref on hait tout ce qui empêche la bonne marche de l'empire néolibérale américaine.
    C'est simplement un constat.
    On devrait avoir un peu plus d'information sur ces pays qu'on hait.

    Plusieurs de ces dirigeants ne sont pas haïs aussi massivement qu'on nous l'expose.
    Pensons à Poutine, c'est un fait.

    Les gens s'entêtent à voir le monde en noir et blanc. Juste le fait de mentionner le gris et on vous traite d'anti américain primaire.
    Et étrangement lorsque je défends Obama, on me traite d'aveugle.

    L'opinion se fait aiguiller par le vent médiatique habilement dirigé.

    Est-ce faire preuve d'anti-américanisme primaire de vouloir de l'information sur l'impact des sanctions imposées à la Corée du Nord, sur leur historique, sur leurs conséquences souvent désastreuses sur le pays et sur la population.

    Le monde n'est pas une caricature.
    Le monde est fait d'Êtres Humains qui nous ressemblent.
    Le méchant pur, tout comme le bon pur n'existe pas.
    Les comportements humains peuvent s'expliquer et se comprendre.
    Le monde n'est pas comme les films US qu'on nous montre.
    Et la négociation, la coopération, le respect des différences sont toujours mieux que l'attaque militaire, les blocus économiques, le harcèlement politique.

    Les États-Unis n'ont malheureusement pas beaucoup de leçons à donner.
    Ils ont les mains pleines de sang. C'est un fait.
    Au niveau économique, leur néolibéralisme a occasionné la famine à bien des endroits et a répandu la pauvreté de façon phénoménale et inhumaine.
    Prenons simplement l'exemple d'Haïti.
    Les gens meurent de faim et survivent dans des conditions indignes.

    Je ne suis pas un antiaméricaniste primaire, je ne suis que sceptique sur la qualité de l'information qu'on nous sert.
    Certains faits sont mis de côté et la diabolisation fait son oeuvre.
    Prenons Mme Lnglois de Radio Canada qui était à Harare (capitale du Zimbabwe) et qui constatait que ce n'était pas totalement l'enfer.
    Prenons Mme Szacka qui nous rapportait l'appui des Russes pour Poutine.
    Souvent lorsqu'on s'ouvre un peu les yeux, on ne peut nier la simple réalité.

    C'est plutôt l'américanisme primaire qui sévit dans notre société et qui la rend totalement aveugle.



    Serge Charbonneau
    Québec

  • Simon Chamberland - Inscrit 27 mai 2009 21 h 23

    Affamer pour armer

    Ce que je trouve réellement triste, c'est que le régime communiste Nord-Coréen utilise des ressources pour développer des armes alors que les besoins primaires du peuple ne sont pas comblés.

    Ce régime débile affame sa population et les dirigeants placent le blâme sur les américains. C'est facile avoir des méchants : on peut tout leur mettre sur le dos.

    Ce que cherche le régime, c'est un traité de non-agression exclusif avec les USA : cela impliquerait que tant que les américains ne sont pas directement visés, ils ne pourraient pas intervenir. Ce qui ouvrirait la porte aux agressions contre le voisin du sud ou le Japon.

    La Chine a beau jeu là-dedans : tant que le régime communiste se maintient, cela oblige les américains à maintenir, à grand frais, des troupes en Corée du Sud. Surtout, ça oblige les autres puissances régionales et les USA à passer par elle pour négocier avec les communistes de Corée du Nord.



    Simon Chamberland

    p.s. : Monsieur Charbonneau, le sujet, c'est la Corée du Nord, pas les USA. Indice pour la prochaine fois : regardez le titre de l'article et le texte : vous y trouverez le sujet...