Le conflit au Pakistan - La poudrière

Depuis une semaine, il ne se passe pas une journée sans que des dizaines de milliers de Pakistanais quittent leur maison, leur village, leur ville de la vallée de Swat. Ils plient bagages pour fuir les diktats islamistes imposés par les talibans et pour échapper au conflit annoncé entre ces derniers et l'armée pakistanaise. Cet exode confirme, comme si besoin était, que l'accord de paix signé en février dernier entre les autorités gouvernementales et des chefs des talibans en ce qui a trait à l'administration de la vallée n'a plus de valeur. Bref, d'une guerre plus ou moins larvée on évolue vers une guerre plus frontale. L'enjeu? Le contrôle du Pakistan. Rien de moins.

Annonciateur de lendemains évidemment plus sanglants, le tournant observé ces jours-ci a une double explication. Du côté des talibans, les dirigeants ont affiché leur mépris le plus total pour l'entente, ou plus exactement leur volonté de maintenir le rythme de leur montée en puissance en l'élargissant aux provinces situées à la périphérie de la vallée. De l'autre côté, la colère manifestée par une majorité de Pakistanais à la suite de la diffusion d'une vidéo montrant la flagellation d'une gamine et les pressions du gouvernement sur le véritable centre de pouvoir, l'armée, a eu raison des réserves de cette dernière. À cela, il faut greffer les pressions exercées par Washington.

Au cours de la dernière quinzaine du président Barack Obama, la secrétaire d'État Hillary Clinton, en passant par le patron du Conseil national de sécurité et le chef des États-majors, chacun a exprimé sa vive inquiétude, que le propos suivant de Clinton résume bien: «Je pense que le gouvernement pakistanais a abdiqué en faveur des talibans et des autres extrémistes.» Toujours est-il que les discussions entre Islamabad et Washington ont fini par mettre entre parenthèses l'obsession première de l'armée: l'Inde. En un mot, jusqu'à tout récemment les gradés pakistanais observaient encore et toujours les plans conçus pour combattre l'ennemi historique et cultivaient une indifférence certaine pour les coups montés par les talibans.

D'autant qu'au sein de l'armée, les officiers ont une appréciation différente de la situation. Tout d'abord, ils n'ont aucune empathie pour la lutte que mène le président afghan Hamid Karzaï contre les talibans qu'ils jugent trop indulgent, trop sensible à l'influence indienne. Il est exact qu'entre Kaboul et New Delhi, les relations ont rarement été aussi cordiales qu'actuellement. Peut-être faut-il préciser qu'au sein du gouvernement Karzaï, une majorité de ministres estime que le Pakistan étant une création artificielle en plus d'être un chef-lieu du terrorisme, ce pays n'a pas de raison d'être.

Qui plus est, les services secrets pakistanais de l'ISI, qui fut un des principaux acteurs de la création des talibans dans les années 1980, ont la certitude que si Karzaï se maintient au pouvoir une fois les contingents américains et de l'OTAN partis, il renforcera ses liens avec l'Inde pour mieux étouffer le Pakistan. Autant dire que les généraux pakistanais et les patrons du renseignement souhaitent un renversement de Karzaï au profit, naturellement, des talibans. À bien y penser, ce dossier présente de plus en plus les stigmates de la quadrature du cercle.

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