Divorce à l'italienne - Des nouvelles de Berlu

Silvio Berlusconi est d'abord et avant tout l'homme le plus riche d'Italie. À temps perdu, il aime régaler la compagnie en chantant du bel canto ou en occupant le trône de premier ministre d'une nation ayant son billet d'entrée au G7. On le sait et on ne le répétera jamais assez, entre la gestion de son patrimoine et l'administration de la chose publique, il a établi des politiques, cultivé des connivences, afin que la première ait préséance sur la seconde. Pour détourner les regards sur cette confusion des genres, cet entrelacs d'affections personnelles avec celles qui ne le sont pas, ce cher Berlu a trouvé la parade suivante: concevoir, dans la solitude du pouvoir évidemment, des gaffes avec une régularité métronomique. Sa dernière? Une histoire de femmes.

Voilà, il y a peu, ce Goldoni sans le talent a eu une révélation. On se dira qu'à deux pas des légendes vaticanesques, il n'y a pas là matière à étonnement. Toujours est-il que, les élections européennes approchant, ce Don Camillo sans la verve s'est dit: pourquoi ne pas envoyer un contingent de belles et surtout jeunes femmes au Parlement de Strasbourg que je pourrai choisir parmi les animatrices ou hôtesses de mon réseau de télévision. Leur opinion politique? Leur expérience? Leur maîtrise de la rhétorique? Leur sens de la dialectique? Secondaire. Totalement, complètement secondaire. L'essentiel étant qu'elles ânonnent ce que je leur dis de dire et qu'elles votent comme je l'ordonne.

Aussitôt saisie, dans tous les sens du terme, de la dernière frasque de son mari, sa femme a publiquement dénoncé cette réduction de la politique à de la figuration, si attrayante soit-elle. Quelques jours plus tard, par journaux interposés, Mme Berlusconi a appris que monsieur avait souligné les dix-huit ans d'une jeune femme qui l'a surnommé «papounet». Ce surnom étant comme un écho de l'expression «papaoutage de nombrils», Mme Berlusconi a demandé le divorce d'avec son Pygmalion de mari.

Juste auparavant, alors qu'il visitait les décombres provoqués par le tremblement de terre dans les Abruzzes il a conseillé aux victimes de considérer les camps érigés pour les accueillir «comme un week-end de camping.» Pour faire court, il aligne les blagues de mauvais goût et les gaffes politiques à un rythme affolant. Le pire? Il demeure populaire. Très populaire. Il envisage de déposer une loi prévoyant l'octroi de pensions et d'honneurs à des vétérans d'une milice de Mussolini? Bof! Même si depuis il a retiré son projet, celui-ci n'a pas donné lieu à la levée de boucliers que l'on aurait pu supposer.

Il y a quelque chose d'effarant au royaume de Berlu: le déficit public de cette année atteindra 5 % du PIB, la dette publique dépassera les 120 % du PIB au cours des deux prochaines années. Et c'est toujours bof! À croire que l'Italie de Berlu, c'est Le Désert des Tartares.

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