Défection d'un notable républicain - Cadeau à Obama

Au terme des 100 premiers jours de son mandat, le président Barack Obama a eu droit à un sacré cadeau: Arlen Specter, sénateur de Pennsylvanie depuis 1980 ayant cumulé des années d'expérience notamment en matière juridique, vient de quitter le Parti républicain pour rejoindre le Parti démocrate. De fait, si la cour d'appel confirme la victoire d'Al Franken au poste de sénateur du Minnesota, la formation d'Obama comptera 60 élus au Sénat. Soit un nombre ayant ceci de magique qu'il ne permettrait pas aux républicains de faire systématiquement de l'obstruction jusqu'aux législatives de 2010.

Pour expliquer, justifier sa défection, Specter a évoqué son vote en appui au plan de stimulation économique élaboré par Obama. Ce geste aurait confirmé le divorce entre le vétéran du Sénat et un parti dans lequel lui, ainsi que d'autres républicains modérés ne se reconnaissent plus du tout. En fait, pour dire les choses précisément, Specter quitte davantage le Parti républicain qu'il ne rejoint celui des démocrates. Nostalgique des années Reagan, Specter était gardé à distance par les tenants purs et durs de la ligne néoconservatrice et de la droite religieuse qui dominent toujours son ancienne formation.

Dans cet épisode, tout est là; tout est contenu dans cette influence qu'ont les adversaires de tout ce qui ressemble de près ou de loin à l'État ainsi que les fous de Dieu. Fait à noter, à retenir, des animateurs d'émissions radiophoniques comme Rush Limbaugh et Michael Reagan, sans oublier ceux de la chaîne Fox, caisse de résonance par excellence des lubies conservatrices, ont plus d'auditoire, de pouvoir sur l'avenir du Parti républicain que n'en ont les Arlen Specter ou Lindsay Graham. À un degré...

À un degré tel que par le biais du Club of Growth, un lobby conservateur, ils s'acharnent à éliminer les candidatures des républicains dits modérés comme Specter. Par exemple, pour faire barrage à ce dernier lors des législatives de 2010, ils ont poussé un des leurs, l'ont financé à plein, tout en menant une de ces campagnes de salissage dont Karl Rove, ex-conseiller senior de Bush, avait le secret. Toujours est-il qu'auprès des républicains de la Pennsylvanie, Specter était moins populaire, mais le restait auprès des 200 000 (!) républicains ayant quitté ce parti lors de la dernière présidentielle.

La volonté farouche avec laquelle le bunker des puristes du conservatisme poursuit sa chasse aux modérés a eu une conséquence d'ores et déjà catastrophique. Dans les sondages, la cote des républicains a rarement été aussi basse depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. À preuve, le chiffre suivant: entre la fin mars et la fin avril, le taux de républicains inscrits est passé de 25 % à 21 %, alors que celui des démocrates progressait pour se fixer à 35 % et celui des indépendants, à 38 %. Bref, l'écart ne cesse d'aller croissant.

Paradoxalement, plus la furie conservatrice mine le Parti républicain, moins la direction de ce dernier réagit. De telle sorte qu'il ne serait pas étonnant que d'autres élus, constatant comme Specter une désaffection des électeurs, décident de tourner casaque.

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