Grippe A/H1N1 - Se préparer au pire

La grippe porcine a changé de nom pour grippe A/H1N1, mais elle n'en continue pas moins de se propager rapidement à travers le monde. Pour l'instant, c'est l'Amérique du Nord qui en est le foyer principal, mais comme elle a atteint des pays très populeux comme la Chine, le risque d'une perte de contrôle planétaire en est accru.

Au moment d'écrire ces lignes, le nombre de personnes qui ont reçu un diagnostic positif de grippe porcine est de quelques centaines à travers le monde, et seulement 13 d'entre elles sont décédées. Le Mexique est toujours le pays le plus touché, avec 343 cas et 12 décès, mais les États-Unis rapportent aussi 141 cas, dont un décès, alors que le Canada vient au troisième rang avec 51 cas légers, mais aucun décès.

On ne comprend toujours pas pourquoi les cas rapportés ailleurs qu'au Mexique sont plutôt bénins, mais cette situation pourrait évoluer négativement au fur et à mesure que le virus se transforme et qu'il se propage dans des régions où les conditions de vie sont plus difficiles.

Selon des calculs de probabilité effectués par l'Agence de santé publique du Canada, un organisme du gouvernement fédéral, une pandémie de grippe est susceptible de tuer entre 11 000 et 58 000 personnes au Canada seulement sur une période de deux mois, de forcer l'hospitalisation de 35 000 à 138 000 personnes et de priver temporairement de travail de 4 à 10 millions de personnes.

C'est loin d'être le cas présentement et personne ne souhaite que la situation s'aggrave à ce point. D'ailleurs, les plus récentes analyses tendent à démontrer que la composition génétique du virus ne le place pas parmi les plus virulents. Mais comme il se propage facilement de personne à personne, le risque d'infections multiples est de loin plus élevé que pour n'importe quelle autre maladie potentiellement plus grave.

À ce jour, les autorités canadiennes et québécoises ont très bien réagi dans l'ensemble, quoique certains malades se soient plaints, à Vancouver et à Moncton par exemple, qu'on ne les avait pas pris au sérieux lors d'une première visite à l'hôpital malgré le fait qu'elles revenaient du Mexique. Ce genre d'erreur est toujours difficile à comprendre, d'autant plus qu'en matière de prévention, tout le monde s'entend pour dire qu'il vaut mieux en faire un peu plus que pas assez.

À ce sujet, on se demande encore comment il se fait que l'obligation de se laver les mains pour les visiteurs ne soit toujours pas la norme à l'entrée des établissements de santé du Québec, ce qu'une tournée effectuée par nos journalistes a confirmé plus tôt cette semaine. N'a-t-on pas tiré les leçons qui s'imposaient des nombreux décès causés par les maladies nosocomiales survenus ces dernières années?

Avec l'été qui vient, il est probable que la propagation du virus de la grippe A sera ralentie. Mais l'histoire nous apprend que ce type d'épidémie se manifeste par vagues successives d'intensité variable. Il est donc aussi probable qu'avec le retour de l'automne la situation s'aggrave.

L'Organisation mondiale de la santé annonce qu'un vaccin sera fabriqué d'ici quelques mois. Tant mieux! Encore faut-il cependant qu'il soit distribué très largement sur la planète, sans quoi des millions de personnes risquent de perdre la vie. Trouvera-t-on aussi facilement l'argent nécessaire pour sauver des vies dans le Tiers-Monde que pour sauver des banques?

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j-rsansfacon@ledevoir.ca

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