Pensionnats autochtones - Boucle fermée ?

En juillet dernier, le pape Benoît XVI avait exprimé à Sydney, en Australie, toute sa «honte» au sujet des sévices sexuels commis par des prêtres australiens sur des mineurs. «I'm deeply sorry», avait alors dit le souverain pontife, présentant des excuses publiques pour les crimes de ces religieux pédophiles.

Cette semaine, au Vatican, devant des représentants autochtones espérant un sincère repentir pour les sévices infligés aux enfants dans les pensionnats canadiens, le chef de l'Église catholique a platement opté pour les regrets, ne franchissant pas le cap symbolique des excuses. S'entretenant avec des survivants des pensionnats, Benoît XVI a reconnu les «souffrances» subies par ces enfants au tournant du XXe siècle, dans un régime d'assimilation où des religieux ont abusé de jeunes Autochtones.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Phil Fontaine, s'est réjoui de l'expression de ces regrets, formulés par le pape en son nom personnel et en celui de toute l'Église. Seule l'Église catholique avait choisi de ne pas présenter d'excuses. Elle reste malheureusement la seule à ne pas l'avoir fait entièrement.

Le chef Fontaine, pour qui peut-être la sincérité et la compassion du pape suffisent pour «fermer la boucle», voit sans doute dans cette seule rencontre avec le Saint-Père une sorte d'aboutissement de la réconciliation avidement cherchée par les Autochtones, qui vivent encore les séquelles de ce déracinement brutalement imposé à l'époque.

En juin dernier, au moment où le premier ministre Stephen Harper s'apprêtait à exprimer ses remords au nom du Canada, les Autochtones avaient prévenu qu'ils n'auraient que faire des regrets! Ottawa présenta plutôt de sincères excuses. On espérait autant d'ouverture du plus haut représentant de l'Église catholique, puisque pour des horreurs semblables commises par des religieux, par exemple en Australie, le Vatican est déjà allé au bout de son mea culpa.

Les victimes des pensionnats fédéraux, ont le sait, n'ont pas exorcisé leur douleur et l'ont transmise aussi à leurs descendants, créant une chaîne de désarroi. Pour eux, la réconciliation ne passera pas uniquement par la présentation de ces demi-excuses, mais surtout par l'exposition des faits, si douloureuse soit-elle, et la confrontation des acteurs impliqués.

La Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones devait justement faire la lumière sur cette odieuse opération d'assimilation, assortie de rebutants sévices. Elle doit toujours le faire. Mais elle est — hélas! — entièrement paralysée après la démission de son président, puis de ses deux commissaires.

Le temps compte pourtant pour les victimes, les acteurs impliqués et les coupables, qui vieillissent. Assez de piétinements, de valses-hésitations et de repentir incertain. Cela ne fait qu'avilir un dossier qui mérite d'être dignement réglé, en accord parfait avec le scandale qu'il camoufle.

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machouinard@ledevoir.com

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