Faillite de Chrysler - La revanche de Fiat

Faute de pouvoir s'entendre avec la majorité de ses créanciers, Chrysler a décidé de se placer sous la protection de la loi sur les faillites. Tant le gouvernement américain que le canadien ont convenu d'investir des milliards de dollars. Pour le bénéfice, voire le bonheur de Fiat, qui va devenir le principal actionnaire sans avoir mis un sou dans la cagnotte.

Détenteurs de certaines créances, les mastodontes du secteur financier, essentiellement J.P. Morgan, Bank of America et Citigroup, avaient accordé leur caution au plan de sauvetage négocié entre dirigeants de Chrysler, de syndicats et autres groupes impliqués. Mais voilà, les fonds spéculatifs, propriétaires de dettes plus élevées que les autres, s'y sont opposés pour une raison bien simple: ayant également investi dans GM et Ford, ils ont calculé qu'une réduction de la capacité de production du plus faible des trois de Detroit était en quelque sorte un gage de sécurité sur les avoirs qu'ils ont dans GM et Ford.

Conscients que ces fonds spéculatifs ne baisseraient pas la garde, l'administration américaine ainsi que le gouvernement canadien ont donc jugé qu'il n'y avait pas d'autre solution que d'ordonner la mise de Chysler sous le chapitre 11. Au cours des 30 à 60 prochains jours, patrons de Chrysler et créanciers vont restructurer l'entreprise avec une certitude financière en tête: la Maison-Blanche a promis une addition de 6 milliards d'argent frais après avoir déjà accordé 4 milliards et que les premiers ministres du Canada et de l'Ontario ont ajouté hier 2,4 milliards, pour un total de 3,8 milliards.

Au terme de la restructuration, l'État américain détiendra 8 % des actions avec droit de vote, le Canada ainsi que l'Ontario auront 2 % et Fiat, l'opération du Saint-Esprit aidant, héritera de 20 % des parts sans avoir, on le répète, mis la main dans sa poche. Ils ont été habiles, les Italiens, très, très habiles. Car selon les termes de l'accord déjà négocié entre eux, les gouvernements concernés et bien entendu la direction de l'entreprise, ils pourront augmenter leur part jusqu'à 49 % au fur et à mesure que Washington et Ottawa se retireront.

Comment se fait-il donc que Fiat soit parvenu à ses fins, à toutes ses fins? Ils ont capitalisé à fond, c'est le cas de le dire, sur leur plate-forme technologique. Sur la qualité de leurs moteurs versus ceux de Chrysler, sur leur capacité à développer des modèles économes d'énergie et sur leur collaboration passée, mais récente avec... GM.

Dans cette histoire, il est important de souligner, ou plutôt de rappeler qu'en l'an 2000, GM avait acquis 20 % de Fiat. Dans les années qui ont suivi, les ingénieurs italiens ont amélioré et adopté un de leurs moteurs diesel, un moteur peu vorace et efficace en matière environnementale. Et alors? Comme les gros véhicules, les SUV et autres Hummer avaient les faveurs du public, les gens de Fiat ne sont jamais parvenus à convaincre leurs homologues américains de construire un modèle plus modeste et plus économe.

En 2004, Fiat a claqué la porte. Aujourd'hui, ses patrons ouvrent celle de Chrysler avec, sur le front géographique de la production, la concession suivante: en plus d'allouer des milliards, le président Obama et le premier ministre Harper ont accepté que 20 % seulement des véhicules soient finalement fabriqués en Amérique du Nord. Ce n'est pas tout. Chrysler étant désormais sous la protection des tribunaux, les dirigeants de Fiat vont amorcer des négociations avec ceux de... GM! Leur ambition? Sachant que GM envisage de se débarrasser de sa marque européenne Opel, Fiat souhaite l'acquérir avec l'aide financière cette fois-ci du gouvernement allemand. Après avoir roulé dans la farine les gouvernements nord-américains, pourquoi pas l'allemand?

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