Obama et la bombe - L'option zéro

Après des années de prolifération d'armes nucléaires, le président Barack Obama appelle ses interlocuteurs, les Russes au premier chef, à négocier une volte-face. À terme, il espère que le démantèlement des arsenaux constitués par au moins huit pays, ou l'option zéro, sera accompli. Pour l'heure, une chose est certaine: Obama a fait de la dénucléarisation la pièce centrale de sa diplomatie.

Au cours des seize années pendant lesquelles Bill Clinton et George Bush présidaient aux destinées des États-Unis, les bombes ou missiles atomiques se sont ajoutés à l'arsenal confectionné pendant la guerre froide. Sous Clinton, on justifiait cette augmentation en évoquant la possibilité d'un renversement de la garde en Russie par des éléments plus agressifs ainsi que par l'évolution des armes chimiques et biologiques. Sous Bush, on légitimait cet essor en brandissant la nécessité qu'il y avait d'intégrer le nucléaire dans les forces conventionnelles pour mieux contrer les nouvelles menaces.

Simultanément, la Russie agissait à l'identique. Sous Boris Eltsine d'abord, sous Vladimir Poutine ensuite, on a fabriqué bombe après bombe, mais pour des raisons qui divergeaient quelque peu de celles formulées par leurs homologues américains. Faute de disposer des moyens financiers qui ont cours aux États-Unis, le Kremlin s'est retrouvé en effet dans l'impossibilité de moderniser ses capacités conventionnelles à un rythme plus ou moins équivalent à celui constaté à l'Ouest. Pour compenser ce retard, les dirigeants russes ont donc ordonné une modernisation des ressources atomiques.

Résultat, à quelques mois du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, on constate que ces deux puissances sont toujours engagées dans la logique qui prévalait pendant la guerre froide. Aujourd'hui, elles détiennent 95 % des 25 000 bombes comptabilisées dans le monde. L'exemple venant d'en haut, on estime que les 3000 tonnes de matériel fissile conservées par 40 nations permettraient la confection de... 250 000 bombes! De quoi prier tous les dieux de l'Antiquité qu'un Docteur Folamour ne parvienne jamais sur les hauteurs de l'Acropole.

Comme chacun sait, l'univers nucléaire a été juridiquement balisé. Enfin, balisé c'est beaucoup dire. Toujours est-il qu'entre Washington et Moscou la relation atomique a été contenue dans deux traités, le START et le SORT. Le premier arrivera à échéance en décembre prochain. Quant au second, qui lui aussi stipule une diminution des armes, il a ceci de singulier, d'étrange, qu'il est assujetti au premier. Mais, plus important, pour l'heure, il y a le Traité de non-prolifération (TNP).

Ce dernier a ceci d'effarant, voire d'effrayant, que bien des nations qui l'avaient signé, on pense à l'Iran, aujourd'hui se défaussent. On exagérera à peine en affirmant qu'au fond tout le monde s'en moque. À preuve, les moyens alloués à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Un, l'AIEA n'a pas un budget à la hauteur de sa tâche. Deux, son autorité est limitée pour ce qui a trait à l'inspection des sites. Trois, elle manque de forceps juridiques en ce qui concerne la production de matériel fissile. Quatre, l'agence n'a pas de mandat pour tout ce qui touche l'usage autre que civil du nucléaire. Bref, l'AIEA a été durablement amputée.

Tout récemment, Obama a donné suite à sa promesse électorale en se posant en avocat de l'option zéro. Il a également convaincu le président russe, Dmitri Medvedev, d'amorcer des négociations sérieuses afin de réduire le stock nucléaire de chacun à 1000 têtes avant d'atteindre, à terme, l'objectif logique à cette mécanique: zéro bombe. Signe de sa détermination en la matière, Obama vient de nommer au poste d'ambassadeur auprès de l'OTAN un des théoriciens de l'option zéro, soit Ivo Daalder.

Si l'on se fie au long exposé sur le sujet que Daalder a livré récemment à la revue Foreign Affairs, l'accouchement d'un cercle vertueux passe tout d'abord par la formation d'une coalition des pays qui militent depuis longtemps pour le zéro bombe, soit le Brésil, l'Indonésie, l'Irlande, le Mexique, l'Afrique du Sud et la Suède. Le hic? C'est tout simple, il s'appelle Iran et Pakistan. Ce n'est pas demain la veille que le Pakistan, notamment, va détruire ses bombes.

À voir en vidéo