Pâques - Corps de lumière

Orient, Occident, croyances ou pas, des mots s'imposent. Tous reliés au sens de Pâques: vie, mort, éternité, immortalité. Tout de suite, la question qui agresse: «Qu'arrivera-t-il à notre corps plus tard, plus tard, après notre mort? Enterrement, crémation, réincarnation, réincorporation ou... tout simplement anéantissement?»

Pauvre corps! Un jour de déprime, surnommé par nul autre que François d'Assise: «Frère Âne». Fragile. Vulnérable. La fatigue, la maladie, une infirmité, l'âge, quoi encore? Qui, d'une certaine génération croyante, ne se souvient de ce sévère avertissement proclamé au début d'un carême ritualisé à l'extrême: «Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.» Dans les pensionnats les plus exemplaires, c'est la capitulation: «Je n'ai qu'une âme qu'il faut sauver... »

Pauvre corps! Et pourtant, c'est le mien et j'y tiens. Sans lui, je ne serais même pas une personne. Sans lui, qu'en serait-il de mes amours les plus intenses? Ou mieux, de ces désirs naturels, instinctifs, sexualisés à l'occasion, de l'immortalité réelle, corps et esprit réunis, à jamais ensemble? Malgré toutes les frayeurs sacrées face à la mort, oui, oui, j'y tiens à ce corps. Comme Molière dans Les Femmes savantes: «Guenille si l'on veut, ma guenille m'est chère.» Disons qu'en temps normal, une certaine noblesse de l'esprit nous invite, chacun, chacune, au respect de notre corps jusqu'à lui refuser instinctivement l'idée même d'une destruction définitive.

Ce sont, j'en conviens, de bien graves questions. Pourquoi n'écouterions-nous cet avis d'un sage philosophe hindou, Swami Vivekananda (+1902): «Notre corps est une barque jusqu'à l'autre rive de l'océan de la vie: il faut en prendre soin». Aussi poétique, du Moyen Âge français: «Garde bien son château qui garde bien son corps». Il faut ajouter que depuis très longtemps, et encore maintenant, des penseurs de diverses allégeances réfléchissent ouvertement à la survie possible du corps humain, après ce que François d'Assise appelle la mort corporelle. Survie à court terme, survie à long terme? Déjà plusieurs idéologues estiment, à la manière des savants du yoga, que notre corps est lié au cosmos à tel point qu'il devrait durer aussi longtemps que durera le cosmos: donc, assez longtemps.

Mais attention! Le corps n'est pas que nerfs, fibres et tissus; il est aussi, à sa façon, porteur de pensées, de mémoire et de conscience. Ce pouvoir spirituel ne pourrait-il pas lui assurer une certaine survivance, voire une possible transfiguration! Est-ce trop rêver? Telle est déjà la problématique d'un philosophe français fièrement laïque, du nom de Maurice Merleau-Ponty (+1961): «L'âme est si peu séparable du corps qu'elle emportera dans l'éternité un double rayonnant de son corps temporel.» Même intuition sinon croyance de la part de François Mitterrand (1996). De son testament: «Le corps rompu au bord de l'infini, un autre temps s'établit... Le corps dominé par l'esprit, l'angoisse vaincue par la confiance, la plénitude du destin accompli... La mort peut faire qu'un être devienne ce qu'il était appelé à devenir; elle peut être, au plein sens du mot, un accomplissement. Et puis, n'y a-t-il pas en l'homme une part d'éternité, quelque chose que la mort met au monde, fait naître ailleurs?» Tout dernièrement encore, le réputé sinologue François Cheng, récemment élu à l'Académie française, écrit dans ses Cinq méditations sur la beauté (2008): «Si l'on s'en tient au corps physique, c'est un espace terriblement restreint. Si l'on admet et accepte le corps spirituel, c'est-à-dire le cors animé par le souffle de l'esprit, l'infini est virtuellement là, encore faut-il que le corps spirituel s'éveille.»

Plus signifiant encore — l'avions-nous oublié? — que les grandes religions qui nous sont le plus familières, le judaïsme, le christianisme et l'islamisme, prophétisent jusque dans l'au-delà de la mort, chacune à sa manière, la présence du corps défuntisé. Elles le font au nom de la puissance initiale de qui émergent la vie et l'amour. Même Nietzsche: «Dans le véritable amour, c'est l'âme qui enveloppe le corps.» Et l'amour, on l'a dit souvent, est plus fort que la mort. Devait-on enfin introduire l'étonnante promesse de Jésus de Nazareth à des proches: «Qui croit en moi, même s'il meurt, aura la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.» Parole traduite dans l'Apocalypse: «Je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu.» Un ordre complètement nouveau? Autre terre, autre ciel, même personne. Même corps? Oui, mais autrement. Les mystiques ont déjà leurs mots: corps spirituel, corps glorieux, corps de lumière.

Voilà en fait que s'accomplirait étrangement devant nous, après des siècles et des siècles de questionnement sur la mort et l'au-delà, le rêve sinon l'intuition taoïste d'un «mourir sans peine» ou mieux d'un «mourir pour vivre». «Mort, où est ta victoire?» s'écrie Paul de Tarse, tandis que près de nous Félix Leclerc: «C'est grand la mort, c'est plein de vie dedans.» Et que dire du mot énigmatique de Gaston Miron: «Ô Mort! Pays possible.»

Alléluia! Joyeuses Pâques!
3 commentaires
  • Jean-Pierre Audet - Abonné 11 avril 2009 10 h 07

    Nos corps déjà ressuscités

    Comme toujours, excellente réflexion spirituelle de cet homme qui semble n'avoir pas d'âge. Son corps serait-il déjà ressuscité ? Bien sûr ! Déjà ici et maintenant, lui comme chacun de nous est déjà établi dans l'éternité. Le temps qui passe est une dimension très fugace de notre être : ou bien il est déjà passé comme dans un «oups» c'est fini ; ou bien il est anticipé avec toutes sortes de désirs inassouvis. Mais le présent, lui, le moment même où mes doigts écrivent ces mots, si j'en prends conscience, m'établit dans l'être qui, lui, ne passera pas. Bien sûr mon corps se transformera. Toutes les possibilités de transformation ont été évoquées par les grandes religions et par les gourous de toutes sortes. Mais qu'en sera-t-il exactement. Nous n'en savons strictement rien. J'irais plus loin : je n'en ai pas le moindre souci. Ce qui m'intéresse, c'est maintenant. Suis-je bien en moi-même en cet instant ? Si oui, je suis déjà dans une éternité de Joie. Sinon je suis englué dans un passé inconscient mais dévastateur... ou bien anticipant un bonheur soi-disant pour demain, un demain qui aura toutes les chances de ressembler à ce passé que sera alors devenu l'instant présent. Demain prendra soin de lui-même : corps spirituel ? Anéantissement complet ? Retour au Grand Tout ? Aucune importance pour moi. Je sais avec mes tripes comme avec mon âme que ce que je serai est déjà manifesté au coeur de mon être. Le reste est affaire d'aménagements circonstanciels. On les prendra à mesure qu'ils se présenteront. Joyeuses Pâques, là où nous sommes déjà toutes et tous installés de toute éternité.

  • André Loiseau - Abonné 12 avril 2009 11 h 03

    Le bon père Benoît

    Joyeuses fêtes de l'espoir, quel qu'il soit!

    Il me semble, grâce à la parole citée par le bon père Lacroix, que Mitterrand ait été légèrement prétentieux mais...tout n'est-il pas que vanité? Car, nonobstant les "peuples élus" et les élites politiciennes, malgré les génies, ne sommes-nous pas égaux sinon dans l'humanisme, du moins dans le Corps mystique du Christ, selon l'Église?

    Je suis pleinement d'accord avec la parole du prophête Gaston Miron que j'embrasse sur la bouche, avec notre langue.
    "Ô Mort! Pays possible."

    Au delà de toutes religions humaines, croyons donc en la foi qui persévère, toute seule, suivant son petit bonhomme de chemin au sentier de l'amour difficile.

    Et le chocolat, dans tout cela?

    Père Lacroix, votre noble ouverture d'esprit (rarissime au sein de l'Institution)vous ouvrira les portes du Royaume quand à nous, pauvres vers de terre, une fois morts, nous ne mourrons plus de toute éternité. Bénis soyons-nous donc, dans l'espérance de quelque chose!
    Heureux êtes-vous, père, de n'avoir jamais reçu la pourpre cardinalice consacrant une hiérarchie passablement nocive et inutile, à l'abri des femmes! Vous en serez d'autant plus sanctifié.
    Prions pour la conversion de l'autre Benoît, surnommé pape, afin que l'Esprit l'éclaire.

  • Maurice Monette - Inscrit 12 avril 2009 23 h 22

    Pourquoi ne pas faire la distinction entre corps physique, corps émotionnel/intellectuel et le corps spirituel ou esprit/âme...?

    Si les gens finissaient par comprendre et conceptualiser ce qu'est réellement l'incarnation alors, on cesseraient de se poser de sempiternelles questions sur notre existence. Du même coup, on réaliseraient que NOUS sommes les seuls(es) responsables des états dans lesquels se retrouvent nos santés physique, émotionnelle/intellectuelle et spirituelle.

    Après avoir lues les Réactions remplies de poétisations de Messieurs Audet et Loiseau, je sens que ma dissertation sera moins parsemée de volutes linguistiques mais, pour se faire comprendre par les gens, il vaut mieux utiliser un language simple et clair. Donc, pour celles et ceux qui ne me connaitraient pas encore, j'ai vécu un coma profond de dix-huit jours, suite à un accident d'automobile subit le 16 décembre 1982.

    Je passerai outre tous les inconvénients physiques et intellectuels que j'ai dû surmonter pour m'en sortir. La seule précision que je mentionnerai, c'est qu'en 1989, après sept (7) années d'exercices divers, autant physiques, qu'intellectuels et émotionnels, la Société d'Assurance Automobile du Québec ou S. A. A. Q. m'ayant fait évaluer par toute une armée d'experts, en est venue à la conclusion que j'avais 58% de séquelles permanentes. J'en était très affecté, rien qu'à l'idée que je ne pourrais plus vivre librement comme avant l'accident.

    Puis, j'ai eus plein de "flash back" qui me sont venus à l'esprit et j'en ai chechées les explications. Par mes multiples lectures, autant sur l'aspect physiologique de mon état et les moyens de reconstruire ma charpente que, sur les aspects intellectuels/émotionnels et spirituels du traumatisme que j'avais à transcender, je me suis mis à comprendre le processus d'initiation dont j'étais le bénéficiaire.

    Mais, c'est au niveau spirituel que j'ai réussi à faire plus de lumière et comprendre que, pendant ma phase de coma profond, du 16 décembre 1982 au 03 janvier 1983, mon esprit ou âme était sorti(e) de son véhicule charnel (mon corps physique) et avait pu bénéficier d'une session intensive de formation spirituelle pendant 18 jours. Au cours de cette Initiation, j'ai pu comprendre que NOUS sommes des esprits ou âmes incarnés(es) dans ces véhicules charnels(les) ou corps physiques pour vivre les expériences de vies communautaires et/ou solitaires et/ou de couple, etc., etc., etc., afin d'acquérir de la MATURITÉ et grandir en SAGESSE.

    Alors, si je résume, nous nous incarnons pour transcender des expériences qui nous permettrons de mieux gérer nos états intellectuels et émotionnels, qui ont une influence directe sur la condition physique du véhicule charnel(le) de notre esprit ou âme.

    C'est aussi à partir de cet instant que j'ai compris que, si je voulais surmonter les divers handicaps qui affligeaient ma condition physique, je devais faire non seulement beaucoup d'exercices physiques mais, que je devais rétablir ma condition intellectuelle/émotionnelle, qui était dans un état lamentable, suite au diverses expériences traumatiques vécues. De plus, c'est alors que je me suis rendu compte que j'avais vécue une initiation spirituelle qui me facilitait le recouvrement de mes santés physiques et intellectuelles/émotionnelles.

    En d'autres mots, tous ces aspects de notre état sont interreliés et chacun a de l'influence sur les deux autres...

    Mais, je m'éloigne un peu du sujet de cet Article soit, le Corps de Lumière. En définitive, le Corps de Lumière c'est la parcelle divine ou esprit ou âme qui s'incarne ICI-BAS pour tenter d'acquérir ou corriger des expériences de vie, le plus positives possibles, en état de communion avec nos Proches et moins proches. Cet esprit ou cette âme est immortel(le) et se ré-incarne continuellement pour transcender le niveau de maturité acquis jusqu'à la dernière présence ICI-BAS.

    Pour garder une continuité dans la maturation des esprits ou âmes, généralement ceux ou celles-ci ont la possibilité de ré-incarner ensemble, pour affronter le même type d'épreuves de maturation et bénéficier du même niveau d'expérience. Il arrive parfois qu'un(e) esprit ou âme plus expérimenté(e) s'incarne pour servir de guide aux autres, afin de les aider à surmonter les épreuves parsemées sur leur chemin commun de vie.

    Je pourrais continuer très longuement mais, pour répondre aux interrogations sur le Corps de Lumière que le Père Lacroix peut avoir fait poindre dans les esprits des gens, espérons que les quelques explications dont je fus le transmetteur pourront en apaiser certains(es)...car, les Passages incarnés(es) ne sont pas ce que certains(es) peuvent croire.

    Merci de votre Attention & la VÉRITÉ est LÀ !

    Votre Ami,
    MAURICE MONETTE
    Biologiste #939
    Grande Rivière