Obama en Turquie - Le mille feuilles

En se rendant en Turquie, le président Barack Obama cherchait à modifier quelque peu l'inflexion moyen-orientale que les dirigeants du Parti de la justice et du développement (AKP) ont imprimé sur la gestion des affaires depuis leur arrivée au pouvoir en 2002. Son intention? Faire en sorte que la capitale régionale soit Ankara plutôt que Téhéran.

Dans cette histoire, il y a un avant et un après-2002. Lorsque la Turquie était gouvernée par les formations laïques, elle était un allié fiable, pour ne pas dire docile, des États-Unis. Depuis la victoire de l'AKP aux législatives de 2002, ce n'est plus tout à fait le cas. En fidèles gardiennes du républicanisme laïque imposé par Kemal Atatürk, les premières travaillaient à l'ancrage de leur nation à l'Occident en général, à l'Union européenne (UE) en particulier. Une fois au pouvoir, les seconds ont modifié ce regard sur le monde et heurté conséquemment l'administration Bush à plus d'une reprise.

Bien conscients que ce désir d'Occident avait réduit la fonction de la Turquie à celle de joueur marginal dans les affaires orientales, ses dirigeants se sont employés à suivre une diplomatie aussi ample que vigoureuse. Le but à court terme? Établir des liens plus étroits avec les capitales de ce Moyen-Orient compliqué. C'est dans ce contexte que s'inscrit, si l'on peut dire, le pire accroc constaté entre Washington et Ankara depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Dans les premiers mois de 2003, alors que l'état-major américain planchait sur son offensive en Irak, le gouvernement turc s'appliquait à ce que les marines et autres ne lancent pas l'assaut à partir de leur territoire. Ensuite, en 2005, alors que Bush et Jacques Chirac cherchaient à isoler la Syrie à la suite de l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri, Ankara resserrait les liens diplomatiques et économiques avec Damas. Sur ce dernier front, les investissements importants réalisés par les Turcs ont un objectif particulier à moyen terme: distendre les relations entre Damas et Téhéran. Peut-être faut-il préciser que les alaouites, cousins germains des chiites, donc des Iraniens, représentent moins de 15 % de la population. Autrement dit, leur domination de la Syrie où la majorité sunnite est écrasante ne durera pas éternellement. Enfin, en 2006, après la victoire du Hamas aux élections palestiniennes, Ankara invitait ses dirigeants. Il n'en fallait pas plus pour que la Turquie ne soit plus considérée comme «un allié honnête» par Washington comme par les capitales européennes. À preuve...

Dans les premiers mois de 2003, alors que l'état-major américain planchait sur son offensive en Irak, le gouvernement turc s'appliquait à ce que les marines et autres ne lancent pas l'assaut à partir de leur territoire. Ensuite, en 2005, alors que Bush et Jacques Chirac cherchaient à isoler la Syrie à la suite de l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri, Ankara resserrait les liens diplomatiques et économiques avec Damas. Sur ce dernier front, les investissements importants réalisés par les Turcs ont un objectif particulier à moyen terme: distendre les relations entre Damas et Téhéran. Peut-être faut-il préciser que les alaouites, cousins germains des chiites, donc des Iraniens, représentent moins de 15 % de la population. Autrement dit, leur domination de la Syrie où la majorité sunnite est écrasante ne durera pas éternellement. Enfin, en 2006, après la victoire du Hamas aux élections palestiniennes, Ankara invitait ses dirigeants. Il n'en fallait pas plus pour que la Turquie ne soit plus considérée comme «un allié honnête» par Washington comme par les capitales européennes. À preuve...

À preuve, depuis l'installation de Nicolas Sarkozy à l'Élysée, celui-ci et la chancelière Angela Merkel ont signifié leur intention de ne pas ouvrir les portes de l'UE à la Turquie. À ce propos, on se rappellera qu'Ankara a fait acte de candidature à l'Europe au début des années... 1960! Au lieu de négocier l'entrée de la Turquie, le couple franco-allemand propose un statut de partenaire privilégié. Tout un chacun aura deviné que cette attitude a froissé la grande majorité des Turcs et renforcé du coup les rapports avec le monde arabe.

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