Ministre des Finances - Changement de garde

Le départ de Mme Monique Jérôme-Forget affaiblit la députation libérale. Désormais, le premier ministre Jean Charest se retrouve sans personnalité assez forte pour lui tenir tête autour de la table du conseil des ministres. Non pas que les Michèle Courchesne, Raymond Bachand, Claude Béchard et autres ministres seniors ne soient pas des gens compétents, mais aucun d'entre eux n'est en mesure d'alimenter une saine opposition au sein d'un conseil dont le patron manque parfois cruellement de jugement dans l'appréciation des dossiers.

À titre de ministre des Finances, Mme Jérôme-Forget fut certainement le personnage le plus coloré, aux idées les plus claires du règne libéral. Alors qu'un Yves Séguin s'était fait remarquer par son côté franc-tireur, pour ne pas dire suicidaire, Mme Jérôme-Forget laissera derrière elle le souvenir d'une politicienne déterminée, aux idées fixes mais cohérentes, et surtout très loyale à l'endroit du chef et du parti.

Parmi les dossiers qu'elle a menés avec succès, soulignons l'équité salariale, l'important programme d'infrastructures et l'opposition acharnée du Québec à la création d'une commission des valeurs mobilières nationale.

En revanche, on ne peut pas qualifier de succès l'opération de réingénierie de l'État, et son entêtement à imposer des partenariats public-privé pour les grands hôpitaux suscite toujours autant de scepticisme, si ce n'est de craintes légitimes.

Quant à la décision précipitée de nommer Michael Sabia à la présidence de la Caisse de dépôt, il semble qu'elle soit celle du premier ministre lui-même et non de Mme Jérôme-Forget, une fausse note qui s'ajoute à la partition plutôt chargée de M. Charest depuis la victoire électorale.

À 68 ans, Mme Jérôme-Forget prend une retraite bien méritée après ces années de loyaux services marquées au sceau de son franc-parler. La conjoncture a voulu que la fin de son mandat soit ternie par une campagne électorale au cours de laquelle elle a dû mentir à propos des finances de la Caisse de dépôt, et par la crise économique qui l'a forcée à présenter le premier budget officiellement déficitaire en une décennie.

Pour lui succéder, le premier ministre a choisi Raymond Bachand, qui conserve aussi le ministère du Développement économique. Détenteur d'un Ph.D. en administration des affaires, ancien vice-président chez Métro-Richelieu où sa stratégie de diversification fut un échec, puis p.-d.g. du Fonds de solidarité en des temps plus calmes, M. Bachand est le meilleur choix qui se présentait au premier ministre.

Cela dit, contrairement à Mme Jérôme-Forget, son penchant interventionniste pourrait lui causer des ennuis au sein d'une équipe dont le chef l'est beaucoup moins. Il accède au poste le plus prestigieux après celui de premier ministre à un moment très difficile où l'imagination, la fermeté et surtout la capacité de susciter l'adhésion populaire feront la différence entre le succès et l'échec. Trois qualités dont il devra faire preuve, mais qu'on ne lui reconnaît pas spécialement.

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j-rsansfacon@ledevoir.ca

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