Mines - Porteurs d'eau

Ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal, veut l'adage. Dans le cas des ressources naturelles dont regorge le sous-sol du Nord québécois, il y en a qui savent et qui en profitent pour se remplir les poches sans se soucier de ce qu'ils laissent derrière eux. Et ils le font avec la complicité du gouvernement du Québec.

Les compagnies minières qui exploitent les ressources du sous-sol québécois se comportent comme des prédateurs au service de leurs seuls actionnaires. Si les minières agissent de la sorte, c'est parce que Québec, qui prétend vouloir créer de l'emploi, leur accorde des privilèges indus en délaissant son rôle de fiduciaire de nos richesses collectives. Il y a quand même une différence entre développer l'économie et épuiser la ressource, mais on ne semble pas l'avoir compris à Québec.

Dans son dernier rapport publié la semaine dernière, le Vérificateur général du Québec dit les choses de façon plus diplomatique. Mais les données qu'il a compilées ne laissent aucun doute. Non seulement le ministère des Ressources naturelles, présentement dirigé par M. Clause Béchard, ne fait pas son travail de surveillance des sites miniers pour s'assurer de leur conformité aux lois, mais il néglige de collecter la plus grande partie des sommes que les compagnies devraient fournir pour assurer la réhabilitation future des lieux.

Au cours des dernières années, l'exploration et l'exploitation minières ont connu un boom fantastique. Malgré cela, peu de nouveaux emplois ont été créés et on ne sait rien des retombées économiques que cela a entraînées. Le ministère n'a aucune statistique, aucun plan de développement des mines, aucun portrait précis de l'état des réserves, et il ne fait aucun suivi de l'évolution de la situation.

Le Nord-du-Québec, c'est le royaume des compagnies forestières et minières. Dans 56 % des cas d'inspections effectuées par les fonctionnaires, aucun rapport n'a été produit, et «dans la quasi-totalité des dossiers, [...] aucune trace de collaboration entre les inspecteurs» des Ressources naturelles et ceux du Développement durable. Si au moins une telle exploitation de nos ressources rapportait quelque chose aux Québécois! Mais non!

Entre 2002 et 2008, les producteurs d'or, de zinc, de cuivre et d'autres minerais ont extrait pour 17 milliards de dollars du sous-sol québécois. Oui, 17 milliards! De cette somme monstrueuse, ils n'ont versé que 259 millions en droits miniers, soit un minable

1,5 % de leur production.

Pire que ça: pour s'approprier ainsi nos richesses non renouvelables et les vendre au plus offrant, ils ont reçu 624 millions en crédits d'impôt du seul gouvernement du Québec! Au moins, Duplessis exigeait onze cents la tonne, c'était mieux qu'un solde négatif!

Faut-il s'étonner d'apprendre que moins de trois mois après avoir été battu, en 2007, l'ineffable ministre libéral des Ressources naturelles du temps, Pierre Corbeil, a été embauché par la compagnie minière Canadian Royalties, qui exploite un des plus importants gisements du Québec, et qu'une fois revenu au sein du cabinet Charest, l'automne dernier, il a été nommé ministre responsable du Nord-du-Québec? Faut-il s'étonner encore que M. Charest et lui viennent tout juste d'annoncer des investissements de 106 millions dans les aéroports du Nord en prenant pour prétexte que cela aidera les communautés autochtones à se développer? Dindons de la farce, dites-vous?

j-rsansfacon@ledevoir.ca

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