Affaire Villanueva - Pas d'enquête bidon

Comment diable Québec pourrait-il encore refuser l'idée d'un mandat élargi pour éclaircir les circonstances ayant entouré le décès de Fredy Villanueva? Il ne faut plus seulement comprendre ce drame, mais aussi percer le ténébreux contexte social qui en est la scène et le juxtaposer aux manoeuvres policières.

Depuis le drame d'août 2008, l'actualité ne cesse de fournir des munitions aux partisans d'une enquête élargie. On le sait: Québec a demandé au juge Robert Sansfaçon de fouiller les causes et circonstances immédiates ayant entouré la mort du jeune homme de 18 ans.

Mais au moment où, hier, la Ligue des droits et libertés reprenait son vibrant appel à un examen moins limitatif que celui confié au coroner, un adolescent noir âgé de 14 ans a relaté les circonstances troublantes, apparemment violentes, de son arrestation par des policiers à Montréal-Nord, survenue il y a deux semaines.

La rue n'attend pas les rapports d'enquête pour arrêter sa conduite! S'il n'y avait que ce soubresaut, qui ramène le spectre du profilage ethnique et pointe les méthodes policières... Mais non! Depuis les violences de l'été, les rapports s'accumulent et pointent dans une direction: ce qu'il est convenu d'appeler désormais l'affaire Villanueva s'enracine dans un contexte duquel une enquête crédible, menée dans un souci de justice mais aussi de prévention, ne peut se détacher.

Il y eut la Commission de la santé et de la sécurité du travail pour conclure à la confusion dans l'opération policière menée lors de l'émeute. Il y eut aussi le rapport final des chantiers de Montréal-Nord qui, en plus de brosser un tableau social désolant associé à ce quartier de l'émeute, décode que la population se sent victime d'exclusion, de discrimination, de racisme. En outre, même si Montréal n'est pas Vancouver, où les fusillades se succèdent, certains remettent en question la manière des escouades anti-gangs de rue qui creuserait le fossé entre les citoyens et les policiers.

Derrière l'ensemble de ces constats se terre le désaveu pour la machine policière qui, là où elle devrait protéger, semble parfois provoquer la dissidence. Il est choquant, dans ce contexte, de voir que les deux agents directement liés au décès de Fredy Villanueva demanderont aujourd'hui une ordonnance de non-publication sur les détails permettant de les identifier, et ce, au nom de leur sécurité! Répugnant aussi de voir que non seulement l'État n'assume pas les frais juridiques des quatre témoins appelés à témoigner, mais que ceux-ci se voient restreindre l'accès à la preuve.

Ce sont là des iniquités qui minent le succès d'une enquête essentielle. Ce sont aussi des fractures entre le pouvoir policier et la voix du peuple qui confortent une impression générale de discrimination, vécue entre autres à Montréal-Nord. Pour dissiper les doutes et rétablir la crédibilité de la démarche, la prospection du juge devrait ratisser tout le contexte. Il est à ce point important qu'il transcende peut-être les événements eux-mêmes.

machouinard@ledevoir.com

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