L'essai nord-coréen - La bravade de Kim

L'envoi d'un satellite ou d'un missile nord-coréen a provoqué une onde de choc politique du Pacifique au siège de l'ONU pour la simple raison que ce nouveau test met en relief une amélioration technique. Aussitôt ce lancement constaté, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni d'urgence. En vain.

À peine le Japon avait-il observé le lancement de l'engin nord-coréen qu'il sonnait l'alarme et battait le rappel des membres du Conseil de l'ONU. Comme c'est toujours le cas dans cette histoire, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et bien évidemment le Japon ont demandé l'application des sanctions prévues dans la résolution 1718. Comme d'habitude, la Chine et la Russie ont refusé en formulant l'argument suivant: rien n'interdit qu'un pays élabore un programme spatial dit pacifique. Antérieurement à cet essai, Kim Jong-il, qui entre autres titres dont il s'est affublé détient celui de génie intemporel, avait laissé entendre qu'il s'agissait d'un satellite de communications.

N'étant évidemment pas assez crédules pour avaler cette couleuvre, les responsables japonais et américains ont vite calculé qu'entre le dernier coup de Kim et le précédent, celui-là à saveur nucléaire, ce dernier sera un jour en mesure de doter son satellite ou missile d'une bombe. Ils se sont également rendu compte que si les ingénieurs nord-coréens maintiennent le rythme, ils seront bientôt capables de fabriquer un engin pouvant atteindre l'Alaska ou Hawaï. Comme le dossier est complexe, ajoutons-y une dose de complication.

De quoi s'agit-il? La résolution 1718 a été pensée, conçue, rédigée autour de l'expérimentation nucléaire effectuée en 2006. Les auteurs avaient donc arrêté une série de punitions en fonction de ce facteur avant tout et moins du missile. En s'insérant, si l'on peut dire, dans le trou juridique inhérent à la 1718, Kim Jong-il essaie de modifier les relations entre les membres du Conseil, mais aussi dans le groupe des six chargés de négocier le dossier, soit la Chine, les deux Corée, le Japon, les États-Unis et la Russie, pour obtenir ce qu'il finit toujours par obtenir: de la nourriture, du pétrole, de l'argent.

La Chine et la Russie ayant même refusé l'adoption d'une simple déclaration, on peut se demander comment les autres parviendront à réduire à néant les ambitions de Kim Jong-il. Car le Japon et les États-Unis peuvent bien prendre toutes les sanctions économiques qu'ils veulent, cela ne changera rien pour la bête raison que, contrairement à la Chine, ils n'entretiennent pas de relations commerciales avec la Corée de Kim Jong-il. Reste la Corée du Sud. Dans son cas, des liens existent. Il y a surtout que le nouveau président de la Corée du Sud est partisan de rapports plus fermes avec son encombrant voisin.

Cela étant, les agissements de l'insaisissable et retors Kim Jong-Ils ont eu pour conséquence d'alimenter ceux qui, au Japon, estiment que cette nation n'a pas d'autre choix que de modifier sa constitution, pas d'autre choix que de se réarmer, pas d'autre choix que d'étudier l'éventualité suivante à long terme: la bombe atomique. Fait à noter, et non des moindres, pour la première fois, la marine japonaise et la marine américaine étaient et demeurent en état d'alerte. Fait à noter également, voire surtout, Kim Jong-il s'est manifesté quelques heures avant que le président Barack Obama ne prononce à Prague son discours sur le... nucléaire!

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