60e anniversaire de l'Otan - La mutation

Au terme de la première journée consacrée au 60e anniversaire de l'OTAN, un engagement a été concrétisé et des négociations ont été amorcées. L'engagement? Comme promis, la France a réintégré l'Alliance atlantique. Les négociations? Le président Barack Obama demande aux Européens qu'ils consentent plus d'efforts militaires en Afghanistan. Quoi d'autre? Une révision des relations avec la Russie est à l'ordre du jour.

À quelques heures de la conclusion du sommet de l'OTAN, le seul fait avéré, connu, est donc cette mue effectuée par le président Nicolas Sarkozy 43 ans après que le général de Gaulle eut claqué la porte de cette fédération militaire. Ce faisant, Sarkozy a présidé à deux enterrements. Celui de l'indépendance nationale brandie en 1966 par de Gaulle et celui de la construction d'une défense européenne avancée pour la première fois par Jacques Chirac, il y a plus de dix ans, alors qu'il était à l'Élysée. Cela rappelé, on ne sera pas étonné d'apprendre que les critiques de la geste sarkozienne les plus remarquées portent les empreintes de deux anciens premiers ministres de la famille gaulliste: Alain Juppé et Dominique de Villepin. Et d'une.

Et de deux, l'Afghanistan. Comme cela était attendu, Obama a demandé aux Européens qu'ils participent à une augmentation du contingent sur place en formulant l'argument suivant: le Vieux Continent est aussi exposé aux agissements d'al-Qaïda que le sont les États-Unis. Les principales nations visées par cette requête, soit l'Allemagne et la France, se sont dites enclines à augmenter le nombre de policiers. Les militaires? À moins d'un changement dans la journée, il serait étonnant que Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel donnent satisfaction au chef de l'exécutif américain. D'autant...

D'autant que la méfiance de l'axe Paris-Berlin à l'égard des États-Unis, méfiance conséquente aux attitudes de l'administration Bush, ne s'est pas tellement dissipée. Pour bien faire comprendre le message que, contrairement à Bush, à Dick Cheney et à Donald Rumsfeld, Obama ne méprisait pas les membres de l'OTAN appartenant au groupe qualifié de «Vieille Europe», il a dépêché le vice-président Joe Biden et la secrétaire d'État Hillary Clinton à Bruxelles afin d'arrondir les angles. Et maintenant la Russie.

Avant toute chose, il faut puiser dans l'Histoire. Lors d'une rencontre tenue à Moscou le 9 février 1990, soit précisément trois mois après la chute du Mur, le secrétaire d'État américain de l'époque, James Baker, demande à Mikhail Gorbatchev s'il est opposé à une réunification de l'Allemagne. Ce dernier répond non, à la condition que l'OTAN ne tente jamais d'étendre son territoire à l'Est, «ne serait-ce que d'un pouce». Cette condition, c'est à retenir, avait été signifiée au chancelier Helmut Kohl, qui avait donné son accord.

Ni les responsables américains ni les leaders allemands ne devaient tenir parole. En 1999, sous l'impulsion de Washington et avec l'aval de Berlin, les poids lourds de l'Europe de l'Est, Pologne, Hongrie et République tchèque, intégraient l'OTAN. D'autres, comme les pays baltes, allaient rejoindre le club. Ensuite? Sous l'ère Bush, les candidatures de l'Ukraine et de la Géorgie étaient envisagées. Jusque-là, le pas n'a pas été franchi. Pour l'instant, les signaux envoyés par Obama devraient satisfaire le Kremlin. Ils sont surtout révélateurs d'une volonté de réviser la relation militaire entre les uns et les autres. Bref, Washington met la pédale douce.

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