Sommet du G20 - Les gains du FMI

Au menu du G20 animé par le premier ministre britannique Gordon Brown, il y avait pléthore de dossiers. Dans plusieurs d'entre eux, des ententes ont été conclues. Dans d'autres, les divergences ont été aplanies. Mais de tous les sujets discutés, celui qui se démarque avec force s'appelle le Fonds monétaire international (FMI).

Au terme de leurs discussions, les dirigeants des 20 pays conviés à soigner une économie en proie à de multiples convulsions, dont certaines particulièrement violentes, ont décidé d'élargir les fonctions du FMI et, par conséquent, de le doter de ressources appropriées. Ainsi, le trésor du FMI sera prochainement garni d'un 750 milliards supplémentaire. Une partie de ce montant mérite une attention particulière tant il révèle une modification du rôle ou plutôt une addition de mandats.

Voici de quoi il s'agit: le FMI pourra user des droits de tirage spéciaux (DTS) pour un total de 250 milliards mis à la disposition des pays. Ces derniers pourront demander un pourcentage de ces 250 milliards sans avoir à négocier un accord avec les mandarins du FMI comme c'était le cas jusqu'à présent. Ces droits de tirage spéciaux sont composés en fait de trois devises. Lesquelles? Le dollar américain, le yen et l'euro.

Dans cette histoire de DTS, il faut s'arrêter maintenant à la dimension plus strictement politique. Après des années de résistance parce qu'elle considérait la consommation de ces DTS comme étant synonyme d'inflation, l'Allemagne a fini par lâcher prise. Ensuite? La Chine a accepté de hausser sa quote-part dans les réserves du FMI tout en laissant entendre qu'elle se ferait l'avocate du panier en question pour qu'il devienne à long terme la monnaie de référence en remplacement du dollar.

En ce qui concerne les 750 milliards, la direction du FMI peut se vanter d'avoir obtenu entière satisfaction. Elle avait demandé des milliards? Elle les a obtenus. Toujours est-il que, grâce à cette somme, cette institution va offrir une nouvelle famille de prêts. Plutôt que d'allouer des centaines de millions à des nations une fois celles-ci confrontées à une crise, le FMI pourra accorder des prêts à titre préventif. Un problème est à l'horizon, même lointain? On puise illico dans le portefeuille.

En ce qui a trait aux fonds spéculatifs, agences de notation, salaires et primes des banquiers, paradis fiscaux et autres qu'on oublie, on constate que certains ont mis de l'eau dans leur vin. Chose certaine, le continent européen, l'Allemagne au premier chef, a fait des gains non négligeables. Les fonds et les Moody's de ce monde seront davantage surveillés. Les revenus des financiers seront soumis à de nouvelles règles à être fixées au cours des prochains mois. Les paradis? L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rendra publique l'identité de ceux qui ne veulent pas communiquer les noms des individus et entreprises qui se livrent à l'évasion fiscale et qui, à cause de ce refus, feront face à des sanctions.

Ce G20 achevé et les modifications prévues sur divers fronts annoncent peut-être une fin. Celle du capitalisme débridé, de l'économie casino qui a permis à une nouvelle aristocratie de socialiser les pertes et de privatiser les profits, comme l'enseigne cet adage de notre époque. Plus concrètement, en posant cette panoplie de gestes, les dirigeants politiques envoient le message que le cycle de 30 ans de déréglementation forcenée et dans tous les azimuts est terminé. Autrement dit, la politique entend reprendre certains droits perdus au profit de l'économie.

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