Le cabinet Nétanyahou - Sans logique

Le cabinet présenté par le nouveau premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou est à la fois le plus hétéroclite et le plus pléthorique jamais formé. Il est aussi une provocation. En effet, l'ultra-nationaliste Avigdor Lieberman a hérité du ministère des Affaires étrangères. Cet homme à ce poste, c'est la version politique de l'éléphant dans le magasin de porcelaine.

Il n'aura pas fallu plus de 24 heures à Lieberman pour signaler, non sans brutalité d'ailleurs, qu'il était le nouveau patron de la diplomatie israélienne. C'est tout simple: selon son analyse, l'actuel gouvernement n'est pas lié par l'accord d'Annapolis signé en 2007 par Éhoud Olmert, prédécesseur de Nétanyahou, et Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, qui consacrait l'idée de deux États indépendants. On se souviendra que l'accord en question fut le fruit de pourparlers élargis aux membres de la Ligue arabe, à l'Union européenne et à la Russie. Pour faire court, mettons que Lieberman rejette aujourd'hui les efforts d'une ribambelle de nations.

En adoptant la posture du défi, Lieberman s'est invité, en quelque sorte, au sommet du G20 où les dirigeants, tous occupés à gommer leurs divergences sur des sujets très sensibles, se seraient bien passés de sa sortie intempestive. Toujours est-il que la délégation présidée par Barack Obama a renvoyé l'écho suivant: la finalité des discussions en cours est bel et bien deux États. Quant à la «Feuille de route» à laquelle Lieberman veut donner préséance, son émissaire, son responsable, soit Tony Blair, a précisé que son objectif était le même que celui d'Annapolis.

Si tonitruante que soit son intervention, elle n'est pas exempte d'enseignements sur la nature du 32e gouvernement israélien en 61 ans. Sa nature disparate devrait favoriser une multiplication d'initiatives signées par les électrons libres à l'image de Lieberman. Avant toute chose, il faut souligner que, pour satisfaire tout le monde et son père, Nétanyahou a divisé des ministères en deux. Résultat, son gouvernement comprend 30 ministres. Pour mémoire, on se souviendra qu'après avoir perdu son poste de premier ministre en 1996, Nétanyahou s'était promis de ne plus commander une large coalition. Il vient de se contredire.

Cela souligné, l'ex-ministre de la Défense, qui n'avait pas atteint tous les objectifs fixés à l'offensive dans la bande de Gaza en janvier dernier, a été reconduit. Il s'agit évidemment d'Éhoud Barak, également chef des travaillistes. Pour bien mesurer la fragilité de ce dernier, on mentionnera que seulement 55 % des délégués et députés de cette formation ont voté l'alliance avec le Likoud de Nétanyahou. Ensuite? Les ministres des Finances et de l'Éducation n'ont aucune qualification pour occuper ces postes. Le ministère de la Santé n'a toujours pas de titulaire, mais on compte six ministres sans portefeuille et sept vice-ministres. Bref, ce gouvernement présente tous les stigmates de l'auberge espagnole. Tellement que c'est à se demander s'il passera l'année.

En effet, avec une majorité aussi faible — 69 députés sur les 120 de la Knesset —, il serait étonnant que Nétanyahou termine son mandat. Mais au-delà de ça, il y a plus grave. Le fait que les uns et les autres acceptent de participer à un tel gouvernement alors qu'ils défendent des idées et des projets diamétralement opposés est d'une certain façon un affront fait à la démocratie. Toutes les idées étant égales entre elles, à quoi sert-il de débattre? Ce gouvernement, c'est tout et son contraire. C'est celui des sophistes.

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