Assurance parentale - Un beau problème

On voudrait nous faire croire que si le régime québécois d'assurance parentale s'enlise dans les déficits, c'est qu'il est victime de son grand succès. Ne l'oublions pas: il souffre aussi d'avoir été présenté comme un programme social révolutionnaire... qui n'allait rien changer.

Ce généreux régime, qui permet aux parents de s'occuper de leur bébé durant des mois sans s'appauvrir, fait un tabac. Toutefois, sa consécration coûte cher: Québec vient d'allonger 300 millions, alors que le programme devait s'autofinancer.

Il est heureux que le premier ministre Jean Charest n'envisage pas d'amputer le régime, en réduisant le congé, les prestations ou l'accessibilité. Il sabrerait la force de ce programme, écorchant le potentiel que des milliers de Québécois ont reconnu en s'y inscrivant.

On ne peut expliquer la hausse des naissances de 16 % depuis cinq ans par ce seul régime, mais l'engouement des papas pour le congé de paternité y est totalement lié! Quel résultat triomphant: en 2007, près de la moitié des prestataires étaient des hommes, une présence cinq fois plus grande qu'ailleurs au Canada.

Il est dommage qu'un si séduisant programme, campé sur un noble objectif social, soit ausculté comme un grabataire, sous le seul angle économique. Il est voué à un bel avenir, mais ses manitous l'ont propulsé comme s'il n'allait rien changer aux habitudes; comme si, en somme, il n'allait pas coûter un sou.

Créé en 2006, il devait coûter un milliard de dollars par année. La facture dépasse désormais les 1,5 milliard, et ce, malgré des hausses de cotisation de

15 % les deux dernières années. Une nouvelle hausse de 8 % est incessante. Dans les garderies, qui «subissent» le même assaut des familles, le gouvernement contrôle les coûts en limitant le nombre de places. Mais les naissances échappent à la toute-puissance étatique! Une fois aux prises avec ce «beau problème», que faire, surtout à l'aube d'une crise financière qui coincera l'État, les entreprises et les particuliers?

Le gel des tarifs réclamé par le Parti québécois reporterait les difficultés à plus tard: mauvaise idée. On pourrait sans vergogne renvoyer l'État à son devoir, celui de soutenir des politiques familiales qui ont tout pour faire son orgueil. Le choix de la famille, si onéreux soit-il dans l'immédiat, profitera dans l'avenir.

On pourrait aussi rappeler que les dernières hausses de cotisations de 7,5 % ont coûté 14 $ de plus par année à un salarié empochant 40 000 $, et 19 $ à son employeur. Des sommes exagérées pour soutenir un programme qui renforce un taux de natalité faiblard en plus d'encourager les papas à une présence soutenue auprès des enfants? Certaines cotisations, dont celle-là, peuvent trôner fièrement sur un talon de paie.

La banqueroute de l'assurance parentale est le fruit d'une situation heureuse, ne l'oublions pas. Elle résulte aussi d'une improvisation gouvernementale malheureuse, d'autant plus qu'elle n'est pas inédite. Il semblerait que la construction d'une société qui mise sur la famille devra reposer sur un effort financier collectif.

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machouinard@ledevoir.com

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