Ville de Montréal - Les portes tournantes

L'opposition au conseil municipal de Montréal a voulu savoir lundi soir s'il était exact que l'ancien président du comité exécutif Frank Zampino avait fait une croisière à l'invitation de Tony Accurso au moment où il se préparait à octroyer un contrat de quelque 350 millions $ à un consortium auquel ce dernier est associé. Réponse de Claude Dauphin, président actuel du comité exécutif: cela relève du domaine privé. Une réponse totalement inacceptable!

Tony Accurso n'est pas le dernier venu. Il est l'un des grands patrons, sinon le grand patron de la construction à Montréal. Propriétaire d'une multitude d'entreprises, il a un réseau de contacts privilégiés avec des chefs d'entreprises, des chefs syndicaux et des politiciens (voir le portrait rédigé par notre collègue Kathleen Lévesque publié le 26 mars sous le titre «Qui est Tony Accurso?»). Ces derniers jours, la révélation des liens d'amitié avec le président de la FTQ, Michel Arsenault, qu'il avait reçu sur son yacht dans les Caraïbes, a mis dans l'embarras cette organisation.

La croisière qu'aurait effectuée Frank Zampino à l'invitation de M. Accurso aurait eu lieu en janvier 2007. À cette époque, on finalisait un appel d'offres pour l'installation de compteurs d'eau dans tous les édifices commerciaux. Ce qui est le plus gros contrat de l'histoire de Montréal fut accordé quelques mois plus tard au consortium GéniEAU formé de Simard-Beaudry Construction (propriété de Tony Accurso) et de Dessau, une firme de génie-conseil où M. Zampino est aujourd'hui vice-président. Notons qu'un ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah, est pour sa part devenu le patron de la société Gastier, une filiale de Simard-Beaudry.

Personne ne veut confirmer que cette croisière a eu lieu. Personne ne dément le fait non plus. Aux questions, tous opposent l'argument de la vie privée invoqué au départ par M. Zampino. Une défense qui ne peut tenir puisque la démarcation entre vie privée et vie publique est ténue, voire inexistante, lorsqu'on est président du comité exécutif de Montréal et qu'on est responsable de l'octroi de centaines de contrats, petits et gros, par année.

Le maire Tremblay, dans un aparté à un journaliste de La Presse, a dit qu'il n'aurait pas accepté une telle invitation par souci d'éviter toute apparence de conflit d'intérêts. On ne doute pas qu'étant un homme foncièrement honnête, il ne se mettrait pas dans des situations délicates. Il lui revient toutefois, en tant que premier magistrat, d'imposer à ses collègues des règles éthiques qui leur éviteront de se placer en situation de conflit d'intérêts ou d'apparence de conflit d'intérêts.

Les règles éthiques à la Ville de Montréal sont lâches. On dira qu'on ne peut pas imposer des règles aussi sévères que celles des gouvernements supérieurs. Il reste que le budget de la Ville est de 4 milliards, dont une large partie va à des contrats de toutes sortes. Les contribuables doivent être certains qu'ils sont attribués selon les règles de l'art.

Est-ce que cela a été le cas du contrat des compteurs d'eau? À vous, Monsieur le Maire, d'exiger de Frank Zampino des réponses. Pas de le protéger. À vous de ne plus tolérer ces portes tournantes qui permettent aux hauts fonctionnaires et anciens élus, et ils sont plusieurs à l'avoir fait, de trouver refuge dans des compagnies avec qui la Ville transige. Compagnies d'où viendra par ailleurs une partie du financement de votre parti, Union Montréal. À vous d'exercer l'autorité que vous confère votre élection au suffrage de tous les Montréalais. Sinon à quoi servirait-il d'être honnête si on laisse faire?

bdescoteaux@ledevoir.com

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