Assemblée nationale du Québec - Vite, un commissaire à l'éthique !

Philippe Couillard est certainement l'un des ministres les plus brillants que le Québec ait eus. Si on a cru le gouvernement Charest lorsqu'il promettait de réduire les listes d'attente en chirurgie et les débordements des urgences, c'est grâce au bon docteur Couillard. Il était le prototype du politicien dont la compétence et la sincérité ne pouvaient être remises en cause.

Pour la sincérité, on repassera. En démissionnant le 25 juin 2008, le ministre nous disait qu'il ne savait trop ce qui l'attendait, mais, le succès appelant le succès, il joignait quelques semaines plus tard Persistence Capital Partners, une firme d'investissements possédant de nombreuses cliniques privées. Or, de nous apprendre cette semaine le commissaire au lobbyisme, cela ne s'est pas passé ainsi. Philippe Couillard négocia tout au long du printemps 2008 avec son nouvel employeur, avec qui il signa le 17 mai une entente de principe.

Que Philippe Couillard ait caché l'existence de ces négociations en dit beaucoup sur l'importance qu'il accorde à la transparence. On comprend pourquoi. Pendant toute cette période, il était en situation de conflit d'intérêts car, pendant que l'individu négociait son passage au secteur privé de la santé, le ministre de la Santé préparait des règlements visant notamment à élargir la liste des traitements médicaux spécialisés pouvant être dispensés dans des cliniques privées. Il ne voulait pas que cette information vienne ternir sa réputation, ce qui arrivera malgré tout.

Le commissaire au lobbyisme s'est penché sur cette affaire pour s'assurer que les nouveaux associés du ministre ont respecté la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme lorsqu'ils discutaient de son avenir. Le commissaire ne pouvait toutefois se prononcer sur le conflit d'intérêts dans lequel se trouvait par ailleurs le ministre, car cela relève de l'autorité seule du premier ministre, qui préfère se taire chaque fois que l'un de ses ministres se retrouve au coeur d'une telle situation.

Ce silence du premier ministre est regrettable, car il nous laisse croire qu'il n'accorde guère d'importance à l'éthique. On explique que, dans le cas présent, les règles concernant les ministres qui se préparent à quitter la politique sont imprécises. Justement, cela devrait démontrer le besoin de telles règles et l'urgence de créer à l'Assemblée nationale un poste de commissaire à l'éthique, comme cela existe à Ottawa. Cela déchargerait le premier ministre du rôle odieux de devoir juger ses collègues et instituerait un mécanisme de contrôle auquel tous seraient soumis, le premier ministre y compris. On y travaille, dit-on. La réalité, c'est qu'on n'y travaille pas vite.

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