Affaire Madoff - Policier incompétent

Hier, Bernard Madoff a pris le chemin de la prison après s'être reconnu coupable des onze chefs d'accusation retenus contre lui. Maître d'oeuvre d'une fraude qui en impose passablement par son ampleur, il connaîtra sa sentence d'ici l'été. En attendant, on retient de cette histoire que la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier, a fait preuve d'une incompétence outrancière.

En 1999, un gestionnaire de Boston, Harry Markopolos, travaillant pour une firme concurrente à celle dirigée par Madoff, donc maîtrisant forcément les us et coutumes de cet univers financier, a remis entre les mains des fonctionnaires de la SEC une analyse qu'il avait consacrée aux manipulations du même Madoff. Sa conclusion? Ce dernier avait repris à son compte l'escroquerie élaborée par Charles Ponzi il y a près d'un siècle de cela. Par la suite, année après année, Markopolos communiquait aux autorités une actualisation de son étude.

Il y a peu, devant les membres du Congrès et devant la caméra de l'émission 60 Minutes, ce dénonciateur des basses oeuvres de Madoff a mis en relief la révolte que lui a inspirée le travail de la SEC en martelant ceci: tous les acteurs — tous! — de la profession savent pertinemment qu'une firme garantissant un rendement annuel minimum de 10 % est une firme qui loge à l'enseigne de la fraude. Aligner 10 % en tout temps est impossible.

À la SEC, on assure avoir enquêté mais n'avoir rien relevé d'anormal. À la SEC, on promettait il y a encore quelques semaines de publier les résultats d'une enquête portant, celle-ci, sur ses errements dans l'affaire Madoff. À la SEC, on avance aujourd'hui qu'il n'est pas certain que le rapport en question soit rendu public. Probablement parce qu'au sein de cette organisation dont le mandat est la protection des individus en matière financière, on craint une levée musclée de boucliers. Il y a de quoi.

En effet, tant les personnes lésées que les observateurs rompus aux moeurs de Wall Street formulent haut et fort un certain nombre d'étonnements. Un, comment se fait-il que la SEC n'ait pas été intriguée par le fait suivant: la comptabilité de la société Madoff avait été confiée à un bureau ne disposant pas des moyens nécessaires pour accomplir un audit juste, fiable. Deux, monter une escroquerie s'élevant à 50 milliards suppose certaines complicités. Et alors? À cet égard, le flou persiste.

Autre étonnement, le rôle joué par les fonds-rabatteurs, par ceux qui recommandaient à leurs clients de mettre des millions et des millions à la disposition du malfrat. À moins que certains d'entre eux n'aient été au parfum, comment se fait-il qu'ils aient poussé la crédulité à un tel niveau, à un tel degré, alors qu'eux-mêmes sont des financiers de profession?

Plus tôt cette semaine, le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, ainsi que le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, ont exprimé leur désir, leur volonté de réformer tout l'encadrement du secteur financier. Entre l'histoire Madoff et les déboires de l'assureur AIG consécutifs à des activités

peu reluisantes, pour rester pondéré, il est évident qu'une refonte des balises doit être menée au plus vite. Espérons que le principe de l'autodiscipline, qui n'est rien de moins qu'une faveur accordée aux Madoff et Vincent Lacroix de ce monde, sera gommé.
 
1 commentaire
  • Guy Archambault - Inscrit 13 mars 2009 08 h 04

    Je n'y crois pas.

    Le club sélect et fermé des hommes riches et puissants, prédateurs par nature, vont se tenir tranquilles et silencieux. loin des médias pendant un bout de temps. Puis ils recommenceront tranquillement leur jeu. D'ici là, ils vont s'affairer à neutraliser toutes les réformes ou y contribuer de manière à pouvoir les contourner à leur guise plus tard.

    On n'empêche pas un renard d'agir à sa manière si on le laisse en liberté. Il n'y a pas trente façons de supprimer la menace qu'il représente. On les éradique comme on éradique un virus mortel pour l'humanité. Sinon, on fait avec, comme on fait avec un rhume. On éternue de temps en temps, on se mouche et on attend que ça passe en espérant que la prochaine fois on l'évitera. Ces prédateurs financiers sont-ils de l'ordre de la peste ou du rhume ? En bons chrétiens débonnaires on aura plutôt tendance à accepter d'éternuer de temps en temps.

    Guy Archambault