La vie après l'Irak

Tout juste six ans après le déclenchement en Irak d'une guerre qui, foi de neocons, allait par effet domino faire fleurir la démocratie partout au Moyen-Orient, Barack Obama a annoncé hier le retrait du gros des troupes de combat américaines d'ici la fin août 2010, le temps que les Irakiens passent dans la plus grande stabilité possible le test des élections législatives de décembre prochain.

À moins que n'éclatent des violences telles que le président doive reconsidérer ses plans, l'ensemble du contingent américain sera rentré au 31 décembre 2011. Dans l'immédiat, les risques de déstabilisation ont surtout à voir avec l'effondrement des prix du brut: dans un pays pétrolier qui peine toujours à répondre à la demande d'électricité et d'eau potable, cet effondrement précarise les efforts de reconstruction. Dans l'ensemble, les chances sont néanmoins grandes que M. Obama puisse s'en tenir à son calendrier de désengagement.

La démocratie n'a pas fleuri, loin de là, en Arabie saoudite, en Égypte et en Syrie. Les États-Unis de George W. Bush auront en fait affiché une tolérance sans égale à l'égard de ces dictatures. En revanche, le renversement de Saddam Hussein donne lieu aujourd'hui à l'édification, quoique sur des sables très mouvants, d'une fragile démocratie électorale en Irak. Que la guerre y ait libéré la parole ne veut pas dire que cette guerre était justifiée. Les civils irakiens ont payé et continuent de payer ce sophisme en violences inhumaines.

L'échéancier établi par M. Obama était largement annoncé par le plan de retrait irako-américain signé dans les derniers mois de l'administration Bush et laborieusement entériné par le Parlement irakien en novembre. Signe que la classe politique installée par Washington en 2003 à Bagdad considère le moment venu de couper le cordon ombilical, même si son armée et sa police sont encore mal préparées. D'autres facteurs ont joué de façon déterminante en 2008: le «surge» américain (encore qu'on ait tendance à banaliser la persistance de la violence en Irak); le retournement contre al-Qaïda des sunnites de la province d'Anbar... Si la guerre civile s'apaise en Irak, notent par ailleurs les plus cyniques, c'est aussi que sunnites et chiites ont complété entre eux le nettoyage ethnico-religieux du territoire.

S'inscrit dans cet apaisement relatif le penchant nouveau de l'Iran pour un Irak ordonné: moins enclin à soutenir l'insurrection du radical chiite Moktada al-Sadr, Téhéran s'est ostensiblement rapproché du gouvernement de Nouri al-Maliki. Considération capitale pour la suite des choses: Obama a refait savoir hier que la paix régionale passait par une rupture avec la vieille politique d'endiguement de l'Iran. Le succès de la stratégie américaine en Irak — mais aussi en Afghanistan — repose inéluctablement sur l'ouverture du dialogue avec Téhéran. Le défi étant de se tirer d'un bourbier en évitant de s'enfoncer dans un autre.

À voir en vidéo