Crime organisé - Ici le Far West

En matière de lutte à la criminalité, le net penchant des conservateurs pour la répression fut trop souvent rebutant. Mais pour endiguer la persistante menace présentée par le crime organisé et les gangs de rue, Ottawa a raison de serrer l'étau, ainsi que l'annonce le projet de loi C-14.

Montréal y goûte. Toronto non plus n'a pas été épargné. Et ces derniers temps, c'est à Vancouver que les esprits s'échauffent, laissant croire à un retour du Far West. Depuis janvier dernier, 18 incidents associés à la violence de la rue y ont fait huit victimes, affolant la population.

C'était le cadre idéal pour que le premier ministre Stephen Harper, depuis Vancouver, explicite son projet de loi C-14 sur le crime organisé, déposé hier aux Communes. Réprimer afin de dissuader. Le projet délie une série de mesures, dont la plus spectaculaire demeure qu'un meurtre lié à une organisation criminelle passerait directement au statut de meurtre au premier degré, condamnant son auteur à une peine à perpétuité sans admissibilité à la libération conditionnelle pendant 25 ans.

Pour un public à la fois craintif et horrifié par l'ensemble de ces assassinats gratuits, commis en pleine rue et trop souvent dirigés contre d'innocentes victimes, le caractère faiblard des peines d'emprisonnement présentait jusqu'alors un odieux visage. On promet d'y voir.

Le Code criminel serait aussi modifié de telle manière que les fusillades au volant, signature sordide de plusieurs de ces groupes criminels hélas bien en santé, soient punis plus sévèrement. Les voies de fait contre des agents de la paix seraient aussi passibles de sanctions plus sérieuses.

Dans le passé, les conservateurs ont maintes fois tenté de séduire l'électorat en ciblant la loi et l'ordre, faisant même croire à une contrée étouffée par la violence alors que la criminalité est plutôt en baisse au Canada. Les abus de répression, notamment lorsqu'ils visent à imposer à des jeunes des peines pour adultes, ne charment pas la population.

Mais la disproportionnée toute-puissance du crime organisé appelle un changement de ton. Les statistiques sont effarantes: en 2007, un crime sur cinq au Canada était relié aux gangs

de rue. Contrant toute tendance, cette branche des petits et grands forfaits reprend du galon, au point où plusieurs corps de police ont fait de la lutte au crime organisé leur priorité absolue.

C'est dire peut-être l'étendue des activités de ces groupes, qui recrutent désormais sans vergogne du côté des cours d'écoles. C'est dire aussi l'impuissance du système judiciaire face à un marché criminel actif et incroyablement résistant aux opérations de perturbation les plus vastes.

Les mesures annoncées hier, et auxquelles l'opposition ne promet pas trop de résistance, sont-elles les meilleures? Certains n'y verront que de la poudre aux yeux. D'autres soupireront d'exaspération, convaincus de l'effet nul de telles mesures sur l'omnipotence du monde interlope.

Pour garantir un certain succès, d'autres avenues doivent être empruntées en sus du durcissement des peines. La prévention auprès des jeunes est indispensable, car le crime s'abat sur les plus faibles pour construire sa force de frappe. La solidification d'escouades vouées au démantèlement des groupes organisés est une voie certaine, comme en font foi de récentes opérations à Montréal. La présence de procureurs chevronnés pour soutenir les corps policiers est essentielle, car il faudra bâtir la preuve avant de songer aux effets de l'emprisonnement.

Si nécessaire soit-il, ce projet de loi ne guérira pas tous les maux. Sans approches complémentaires — et soutien additionnel! —, il pourrait s'agir d'un autre coup d'épée dans l'eau.

À voir en vidéo