Caisse de dépôt - Un modèle à revoir

Il était écrit dans le ciel depuis novembre dernier que le rendement de la Caisse de dépôt et placement serait fortement négatif en 2008. Ce que les résultats divulgués hier nous apprennent, c'est que les évaluations et les rumeurs qui ont circulé sous-estimaient les pertes. Nul doute qu'il faut resserrer la gestion du risque au sein de la Caisse, mais peut-être faut-il aller plus loin et remettre en question son modèle d'investissement.

Avec 25 % de recul en une seule année, la Caisse vient d'enregistrer le pire résultat de son existence. Elle se retrouve aujourd'hui avec un actif net de 120 milliards, soit le même qu'en 2005 malgré les milliards de cotisations supplémentaires versées par ses déposants.

Pour faire face à ses engagements à l'endroit de ces mêmes déposants, la Caisse doit générer un résultat annuel moyen de 7 % sur un horizon de long terme. Depuis sa création, ce rendement a dépassé 8 %, mais à cause de 2008, il vient de chuter à 3,1 %, en moyenne, pour les cinq dernières années. Ce qui est nettement insuffisant! Si la situation n'est pas corrigée rapidement, il faudra augmenter les cotisations au Régime des rentes du Québec, à la CSST et à la SAAQ, pour ne nommer que ces organismes, ou réduire les avantages de ces régimes publics. Or, malheureusement, l'année en cours est très mal partie sur tous les fronts: marchés boursiers, immobiliers, placements à terme ou autres.

Si la Caisse n'a pas réussi à se maintenir dans le peloton de tête des grandes caisses de retraite en 2008, c'est qu'elle a commis une erreur d'amateur en détenant beaucoup trop de ces fameux papiers commerciaux non bancaires adossés à des actifs (PCAA), et qu'elle a aussi beaucoup perdu sur le marché des changes lorsque le dollar canadien a plongé de 20 %.

Cela dit, même sans ces deux erreurs, la Caisse n'aurait pas fait mieux que ses semblables, ce qui est tout aussi troublant compte tenu de l'importance de ce fonds d'épargne pour la sécurité financière à long terme des Québécois.

Tout le monde s'entend pour dire qu'il faut revoir la structure de gestion du risque à la Caisse. Comment se fait-il qu'on ait détenu 13 milliards de PCAA alors que le marché monétaire offrait d'autres produits? Est-ce une bonne idée d'investir dans des immeubles commerciaux à l'étranger? Faut-il continuer d'assurer ces mêmes actifs étrangers contre la variation des taux de change, une pratique qui explique à elle seule 9 milliards de pertes reliées à la chute du dollar canadien en octobre? Faut-il abandonner de façon définitive le marché des produits dérivés, ces véhicules à la mode qui ont failli lamentablement? Et plus largement encore, la Caisse ne devrait-elle pas se contenter d'investir dans des titres indiciels, des placements privés canadiens à long terme et des obligations garanties par les gouvernements?

Si nous connaissions l'avenir, il serait facile de choisir entre une gestion active de portefeuille, souvent plus rentable mais aussi plus risquée, et une autre beaucoup plus prudente mais dont le rendement est assurément bas. Dans un contexte où la théorie de la diversification fait chou blanc parce que toutes les formes d'investissements présentent des rendements négatifs, sauf les obligations gouvernementales à taux bien inférieurs aux besoins des déposants, bien malin qui saurait dire où et comment investir.

D'ici quelques semaines, les députés tiendront une commission parlementaire où les dirigeants de la Caisse, dont l'ancien président Henri-Paul Rousseau, seront appelés à comparaître. Ce sera le moment où les élus pourront exprimer leurs critiques... et leur vision de l'avenir pour la Caisse. Quant au gouvernement Charest qui a péché par manque de transparence tout au long de l'automne, on ne saurait trop lui conseiller de laisser tomber la partisanerie à l'heure de nommer les membres du conseil de la Caisse et son président.

****

j-rsansfacon@ledevoir.ca

À voir en vidéo