Zimbabwe - Union bancale

Le président Robert Mugabe a juré de travailler «sincèrement et honnêtement» avec ses rivaux au sein du gouvernement d'union officiellement entré en fonction hier à Harare. Nous n'en croyons pas un traître mot. Après avoir volé la présidence à Morgan Tsvangirai à l'élection de mars dernier, Mugabe a accepté, sous les pressions régionales, d'ouvrir des négociations de partage du pouvoir qui ont duré six mois. Six mois pendant lesquels le vieux dictateur, qui tient le pouvoir depuis 1980, n'a pas raté une occasion de faire traîner en longueur les pourparlers. Que lui importe l'épidémie de choléra, l'effondrement du système de santé, le taux de chômage de 90 %, l'inflation stratosphérique?

Le nouveau gouvernement d'union était sur le point d'être assermenté, hier, qu'on apprenait l'arrestation, à son arrivée dans un petit aéroport de la capitale, d'un membre de l'opposition qu'avait choisi Tsvangirai comme vice-ministre de l'Agriculture. Roy Bennett, un ancien fermier blanc, a immédiatement été accusé de trahison — un chef d'accusation qui, au Zimbabwe, a une portée très large. À chaud, son interpellation a été interprétée comme une provocation des durs du régime opposés à l'idée de partager le pouvoir. La thèse a l'inconvénient de faire passer Mugabe pour un homme prêt à tendre la main: or, il a tenté hier de faire assermenter cinq ministres d'État qui n'avaient pas, selon l'opposition, lieu de l'être.

Très difficile de croire que le harcèlement et les luttes de pouvoir n'auront pas raison de ce gouvernement à brève échéance. Plusieurs des ministres du Zanu-PF, le parti présidentiel, font partie du cabinet depuis le début des années 1980, alors que plusieurs de ceux appartenant au Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Tsvangirai ont été battus et jetés en prison pour leur opposition au régime. Le partage des portefeuilles au sein du nouveau cabinet est parlant. Le Zanu-PF contrôlera la défense, la sécurité d'État et la justice. Au MDC, les finances et la santé...

«Mugabe fait peut-être partie du problème, mais il fait également partie de la solution», a déclaré, philosophe, le nouveau premier ministre Tsvangirai. Sur les épaules de ce dernier, vu les ministères qui lui sont confiés, repose la responsabilité herculéenne de sortir le Zimbabwe de l'abîme économique et humanitaire dans lequel il s'est enfoncé. Tsvangirai a promis de payer en devises étrangères professeurs, soldats, infirmières et médecins jusqu'à ce que l'économie ait été stabilisée. Promesse politicienne puisque l'État est sans revenus. Les exportations minières piquent du nez, l'agriculture est ruinée. Dans l'immédiat, l'unique espoir de sortie de crise passe par les donateurs internationaux, pour lesquels il est par ailleurs exclu d'alléger les sanctions ou de fournir de l'aide au développement tant que le nouveau premier ministre n'aura pas véritablement réussi à imposer son autorité. Mugabe, qui est sans scrupules, ne fera pas de quartier.

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