Rémunération - Nécessaire, mais symbolique

L'imposition d'un plafond salarial de 500 000 $ par année pour les hauts dirigeants d'entreprises qui feront appel à Washington pour éviter de crouler sous leurs dettes a été reçue comme un baume par la plupart des Américains. Mais soyons réalistes: la crise est profonde, et il faudra beaucoup plus qu'une paire de baffes à cette bande de requins pour ramener le calme sur des marchés financiers qu'ils ont mis en déroute.

Au cours des dernières semaines, plusieurs cas éloquents de cupidité ont forcé l'administration Obama à accompagner son plan de secours financier de mesures symboliques destinées à faire avaler la pilule aux citoyens scandalisés. Il y a le cas de Stanley O'Neal, par exemple, cet ex-président de Merrill Lynch qui est parti avec 160 millions dans les poches quelques mois avant que cette firme en difficulté ne soit rachetée par Bank of America; il y a aussi celui de son successeur, John Thain, qui a tenté d'obtenir 10 millions en primes pour 2008 alors que sa banque venait d'enregistrer des pertes de 28 milliards... Que dire encore du président de GM, Richard Wagoner, qui a touché un salaire de 14,4 millions l'an dernier en dépit du fait que la compagnie n'est plus que l'ombre d'elle-même?

Au Canada, trois des six présidents de banques ont pris l'initiative de renoncer d'eux-mêmes à une partie des primes qui leur étaient consenties pour l'année passée. Malgré ces réductions, Gordon Nixon (Banque Royale) touchera 4,8 millions, Gerry McCaughey (CIBC) 5,3 millions, et Bill Dowe (Banque de Montréal) 2,3 millions. Ce n'est pas la misère, quand on compare à d'autres emplois qui exigent autant, sinon beaucoup plus de talent, de compétence et d'intelligence.

Si les banques canadiennes ont fait moins pire que leurs homologues étrangères depuis le début de cette crise, c'est que les lois canadiennes plus restrictives les ont empêchées de suivre le troupeau jusqu'au précipice. Les banques américaines se sont trop endettées, elles ont trop et mal prêté, en plus de produire une mauvaise évaluation de la qualité et du risque des produits mis en marché. Or, en sachant que les critères retenus pour fixer le salaire des dirigeants sont le volume d'affaires, la rentabilité trimestrielle et la réaction du marché boursier à ces deux premiers critères, les résultats se sont révélés catastrophiques. Malgré tout, les salaires n'ont jamais baissé!

Cela dit, même si elles sont bienvenues parce qu'elles forcent les patrons de grandes entreprises à sortir de leur bulle, les restrictions salariales imposées par l'administration Obama restent essentiellement cosmétiques. Elles ne changeront rien aux événements: au cours des prochains mois, toutes les banques, y compris les banques canadiennes, inscriront des chutes de revenus, voire des pertes, d'une ampleur jamais vue à cause des cartes de crédit, des faillites personnelles et des faillites d'entreprises. Dans ces conditions, on se demande de quelle boule de cristal se sont servies les deux plus petites banques canadiennes, la Laurentienne et la Nationale, pour décider de maintenir la rémunération de leurs présidents respectifs à des niveaux plusieurs fois millionnaires? Ces gens savent-ils des choses que nous ignorons à propos de cette crise?

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j-rsansfacon@ledevoir.ca
3 commentaires
  • Serge Charbonneau - Inscrit 6 février 2009 07 h 14

    Symbolique ou pas...

    Symbolique ! ? !

    Il ne faut pas négliger l'impact des symboles, du symbolisme.
    Les symboles peuvent servir de carburant au changement.

    Le symbolisme peut insuffler l'énergie et la volonté requise pour changer les choses.

    Cette limite est, selon moi, bien plus qu'un symbole.
    C'est une décision hors de l'ordinaire qui met en lumière la cupidité et l'indécence des chefs d'entreprises.

    Je ne comprends pas comment et à quel point on met un bémol sur cette décision de Obama.
    Tous devraient applaudir à se faire rougir les mains cette décision "symbolique".

    Une décision qui donne l'impression que ce président prend en compte les humbles revenus des citoyens ordinaires. Il dénonce les salaires indécents. «It's a shame!» dit-il.

    Peu importe tout ce que l'on peut en dire, ce geste symbolique ou pas est un bon geste.

    Et si c'est cosmétique, pourquoi, les pauvres dirigeants réagissent-ils autant ?


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Louis Rompre - Abonné 6 février 2009 09 h 18

    Les petits épargnants, y pense-t-on?

    Je trouve indécent et honteux de voir, dans la situation actuelle, que les administrateurs de ces banques continuent à recevoir de tels salaires. Quelle éthique ont-ils?

    Lise Douville, Québec

  • Normand Chaput - Inscrit 6 février 2009 10 h 31

    les conseils d'administration

    Il semblerait qu'un simple membre d'un conseil d'administration, reçoit environ 10% de l'équivalent du PDG. Comme le membre en question peut siéger sur plusieurs conseils, il recevrait donc presqu'autant que celui-là. Et comme il décide du choix et de la rénumération du PDG, il aurait tendance à choisir le plus compétent manipulateur et le payer en conséquence.