Hippodromes - Scandale en piste

Plus les renseignements concernant les discussions en cours entre le gouvernement Charest et Attractions hippiques du Québec viennent à nos oreilles, plus l'impression de scandale tourne à la certitude. Selon les calculs effectués par Le Devoir, dont la journaliste Kathleen Lévesque suit le dossier depuis des années, Québec serait sur le point de consentir un don de près d'un milliard de dollars à une société privée malgré la fermeture de l'Hippodrome de Montréal. L'affaire est tellement incroyable qu'il faut se demander à qui profitera tout cet argent en fin de compte.

Lundi matin, Attractions hippiques du Québec (AHQ), contrôlée par le sénateur libéral Paul J. Massicotte, reviendra devant la Cour pour demander la reconduction de l'ordonnance qui la protège contre ses créanciers depuis juin dernier. AHQ est cette société en commandite entièrement privée à laquelle le gouvernement Charest a cédé les quatre hippodromes de la province, avec, en prime, des centaines de millions de revenus provenant de l'exploitation d'appareils de loterie vidéo (ALV) installés dans les salons de jeu et les hippodromes.

Lors de l'acquisition des hippodromes, en 2006, le sénateur Massicotte s'était engagé par contrat à déménager celui de Montréal vers la Rive-Nord et à verser des bourses aux hommes de chevaux pour soutenir cette industrie en voie de disparition. Comme les salons de jeu n'ont pas rapporté les revenus prévus, le sénateur Massicotte a refusé de remplir sa partie du contrat. Pour éviter la faillite et prendre le temps de convaincre les membres du gouvernement, AHQ s'est placée sous la protection du tribunal.

Jusqu'à récemment, la ministre des Finances, Mme Jérôme-Forget, ne s'était pas montrée chaude à l'idée de sauver, encore une fois, une industrie d'une autre époque qui ne fait plus vivre que quelques centaines de personnes au service d'une poignée de millionnaires amateurs de chevaux de race.

Or, selon les renseignements recueillis par notre journaliste, Québec serait sur le point de libérer le sénateur Massicotte de son obligation de gérer l'Hippodrome de Montréal, qui serait fermé. Désormais, il n'y aurait plus que trois petits hippodromes régionaux pour présenter des courses de calibre mineur, alors que celui de Montréal serait remplacé par un casino privé rebaptisé «Hippo club» abritant le nombre incroyable de 300 appareils de loterie vidéo et des écrans géants pour la rediffusion de courses disputées ailleurs dans le monde.

Là où commence le scandale, ce n'est pas dans la décision de fermer l'Hippodrome de Montréal, puisque plus personne, ou presque, ne s'intéresse aux courses de chevaux. Le scandale vient de ce que malgré cette mort annoncée de l'industrie du cheval de course privée de son hippodrome principal, Québec s'engagerait par contrat, en notre nom, à donner sous diverses formes près d'UN MILLIARD de dollars en 25 ans en échange d'une douzaine de millions versés annuellement en bourses aux hommes de chevaux. Selon cette entente, même la Ville de Montréal abandonnerait ses droits de taxation sur ce casino privé.

Devant des faits aussi troublants, posons deux questions. La première: qu'est-ce qui justifie de priver les services publics d'un milliard de dollars au profit d'un riche homme d'affaires dont le projet est aussi nuisible pour la société? La seconde: puisqu'il est incompréhensible qu'un gouvernement démocratique sacrifie autant d'argent pour un seul homme, qui d'autre au sein du gouvernement, du parti ou ailleurs profitera de cet incroyable contrat qui a toutes les apparences d'une arnaque?

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j-rsansfacon@ledevoir.ca

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