Manifestations en france - La grogne

Plus d'un million de Français, deux millions selon les leaders syndicaux, ont manifesté dans les rues de la capitale et des villes de province pour exprimer la colère que leur inspire la crise économique en cours. Plus précisément, des milliers d'employés du public mais aussi du privé ont battu le bitume parce qu'ils en ont ras le bol d'être les premières victimes d'un marasme financier dont ils ne sont pas responsables.

Organisées par les principales centrales, ces marches se sont caractérisées par l'addition de corps professionnels — magistrats, universitaires, chercheurs, etc. — aux fonctionnaires, travailleurs et autres. Et alors? Cette présence inusitée de juges ou de défenseurs des droits de l'homme traduit ou plutôt met en lumière le fort degré d'exaspération qui traverse tout le territoire.

Pour l'heure, l'Élysée a adopté profil bas, le président Nicolas Sarkozy ayant fait savoir par voie de communiqué qu'il jugeait l'inquiétude des Français «légitime». Cela rappelé, le gouvernement, ainsi d'ailleurs que ceux de l'Allemagne, Espagne, Italie et autres, peinent à camoufler une crainte, à cacher une peur. Laquelle? Que cette grève d'un jour soit l'amorce d'une série de troubles sociaux débordant le territoire de la république.

En effet, les responsables français ainsi que leurs homologues européens s'attendent à ce qu'après la révolte des étudiants grecs et l'écho qu'elle a eu un peu partout, après les heurts observés en début de semaine en Espagne et le défilé de banderoles de Paris à Marseille en passant par Dijon et Montpellier, après ces épisodes la grogne s'installe un peu partout et se traduise par des échauffourées de la Pologne au Portugal au cours du printemps.

D'autant qu'il n'a échappé à personne qu'on assiste actuellement à une montée en puissance des syndicats défendant des positions beaucoup plus radicales que les organisations traditionnelles. Par exemple, en France, Solidarité Unitaire Démocratique (SUD) est bien implantée au sein de la SNCF. Or, ce syndicat se réclame du trotskisme, de l'anarcho-syndicalisme.

Cela étant, parmi les motivations qui ont convaincu un million et plus de Français de descendre dans la rue, on retiendra le profond dégoût qu'ils éprouvent à l'endroit du monde financier. Plus exactement, ils se sont dits écoeurés par le refus du gouvernement de légiférer sur les salaires et les bonus des banquiers et des chefs d'entreprises qui bénéficient des aides de l'État.

Il faut savoir qu'à Paris comme à New York, il s'est trouvé des cadres de deux grandes banques ayant jugé légitime de percevoir des millions d'euros en prime. S'il est exact que les établissements financiers français sont moins intoxiqués par les subprimes que ceux des États-Unis ou du Royaume-Uni, il n'en demeure pas moins que leur performance s'est confondue avec extrême minceur. Bref, à Paris aussi, les banquiers ont manqué d'une retenue élémentaire.

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