Montréal-Nord - Pour Fredy

La famille Villanueva et celles des deux jeunes qui ont été blessés lors de l'intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva, le 9 août 2008, ont raison d'attendre de l'État qu'il assume, sans exception, leurs frais d'avocat dans la cadre de l'enquête publique qui s'ouvrira dans un peu plus de trois semaines. Pour la simple raison que l'altercation létale qui a eu lieu ce soir du 9 août dans une cour d'école de l'est de Montréal-Nord, pour cause de funeste partie de dés, ne se réduit pas à un fait divers ordinaire: elle porte l'empreinte du contexte social difficile dans lequel elle s'est produite.

Au ministère de la Sécurité publique, on jurait mercredi ne s'être jamais engagé à payer d'autres frais que ceux des Villanueva. Si tel est bien le cas, alors que le gouvernement s'amende. Il n'y a pas lieu ici pour le ministère public de lésiner sur la représentation juridique des familles: celle des policiers, elle, sera blindée. D'autant qu'à ne pas vouloir payer, il se trouve à contredire sa propre démarche. Il s'expose à salir la crédibilité d'une enquête publique qu'il a eu la bonne idée d'instituer dans le dessein, justement, de voir le débat autour du décès de Fredy et des émeutes que sa mort a déclenchées ne pas en rester là.

Fut-elle fondée en déontologie, la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), rendue l'automne dernier, de ne pas porter d'accusations criminelles contre les deux policiers impliqués allait inévitablement susciter une part de méfiance populaire à l'égard des autorités. Comment pouvait-il en être autrement? Assailli par Fredy Villanueva, qui se portait à la défense de son grand frère Danny, l'agent Jean-Loup Lapointe a tiré trois fois sur le jeune homme de 18 ans. Deux autres personnes ont été blessées par balle: l'une le fut à un bras, l'autre a été atteint dans le dos. J'ai eu peur d'y laisser ma peau, témoignera le policier. On n'en doute pas.

Tout de même, que de dégâts autour d'une partie de dés... Aussi faut-il espérer que le juge Robert Sanfaçon, auquel l'enquête a été confiée, fera une lecture élargie de son mandat, qui se résume pour l'essentiel à examiner les circonstances qui ont conduit les policiers à intervenir ce soir-là. Il y a trop de ponts à reconstruire. Le quartier de Montréal-Nord, où s'est produit le drame, est miné par un problème de délinquance et de gangs de rue. L'enquête ne peut donc pas ne pas être également l'occasion pour les gens du quartier de s'interroger sur eux-mêmes, sans complaisance. À commencer par Danny Villanueva, par ailleurs «sympathisant» de gangs de rue, condamné pour possession d'armes. Incombe à cet homme en colère, qu'il le veuille ou non, une part de responsabilité dans ce qui est arrivé.

C'est pour toutes ces raisons que le gouvernement devrait payer aux trois familles leurs frais d'avocats. Il serait très regrettable qu'elle mettent à exécution leur menace de boycottage.

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gtaillefer@ledevoir.com

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